Alanis Obomsawin : pionnière du cinéma autochtone au Canada

Cette artiste multidisciplinaire (cinéaste, chanteuse, conteuse, graveuse) a consacré sa vie à la reconnaissance des droits des Autochtones et à l’éducation des jeunes provenant de ces communautés. Découvrez cinq de ses films les plus marquants, à voir en ligne gratuitement. 

Jeremy Chan / Getty Images

Notre collaborateur cinéma, Daniel Racine, vous propose de le suivre cet été à la découverte (ou redécouverte) de cinéastes talentueux. Parions qu’il saura vous faire tomber amoureux de l’œuvre de Luc Picard, Anaïs Barbeau-Lavalette, Denis Côté, Alanis Obomsawin et Monia Chokri !

N’ayons pas peur des mots, Alanis Obomsawin est un véritable trésor national. Après plus de 50 ans de carrière et plus de 50 films, courts et longs, celle qui fêtera ses 90 ans le 31 août 2022 continue de parcourir des milliers de kilomètres, d’aller à la rencontre des autres, de leur tendre l’oreille et de pointer sa caméra bienveillante en leur direction. Cette documentariste d’origine abénaquise a été la pionnière du cinéma des Premières Nations, des Métis et des Inuits au pays. 

Depuis 1971, année où elle a réalisé son premier court métrage, Christmas at Moose Factory, à l’Office national du film (ONF), Alanis Obomsawin a donné la parole à des Autochtones, jeunes et moins jeunes, qui n’auraient jamais pu se faire entendre sans sa présence, sans son désir de montrer leur réalité dans les communautés, mais aussi à l’extérieur. La cinéaste n’a jamais craint de faire face à qui que ce soit, ministre ou militaire. Alanis Obomsawin a toujours été volontaire, prête au combat pacifique par la parole et à l’aide de son cinéma.  

Voici cinq documentaires pour comprendre l’importance de cette artiste engagée :

Mère de tant d’enfants, d’Alanis Obomsawin (1977)

Où le voir ? ONF.ca (gratuit)

D’une certaine façon, Alanis Obomsawin a participé à la réécriture de nos livres d’histoire, proposant un autre point de vue sur la culture autochtone. Son premier long métrage documentaire, Mère de tant d’enfants, en est un excellent exemple. À travers les voix de femmes de tous les âges, la réalisatrice nous montre la force et la résilience de ces modèles qui tentent fièrement de se défaire de certaines traditions qui ne leur conviennent plus. Plusieurs peuples des Premières Nations sont des sociétés matriarcales, et Alanis Obomsawin aime bien le rappeler à l’aide d’archives et de récits. Ce film, comme de nombreux autres qui suivront, est une porte d’entrée pour une meilleure compréhension du quotidien des peuples autochtones. Les précieux documents de la cinéaste nous permettent aujourd’hui de revisiter le passé pour construire un présent plus inclusif.

Les événements de Restigouche, d’Alanis Obomsawin (1984)

Où le voir ? ONF.ca (gratuit)

En juin 1981 dans la réserve de Restigouche, en Gaspésie, la Sûreté du Québec a orchestré d’imposantes et violentes descentes policières pour faire respecter des quotas de pêche. Alanis Obomsawin s’y est rendue, nous montrant le vrai visage de ces interventions et offrant pour la première fois une autre version des faits que celles présentées dans les journaux télévisés. Mais on a donné du fil à retordre à la réalisatrice au sein de l’ONF, où ses propos et son légendaire face-à-face avec le ministre du Loisir, de la Chasse et de la Pêche, Lucien Lessard, n’ont pas été bien reçus. Heureusement, malgré un long délai, l’Office a changé son fusil d’épaule et permis à Alanis Obomsawin de terminer son percutant documentaire. Ce moyen métrage influencera beaucoup de cinéastes d’ici et d’ailleurs. Du cinéma direct à son summum, au plus près des faits.

Sans adresse, d’Alanis Obomsawin (1988)

Où le voir ? ONF.ca (gratuit)

Encore aujourd’hui dans les rues de Montréal, il y a beaucoup d’Autochtones sans abri. Sans porter de jugement, tentant plutôt de les comprendre, Alanis Obomsawin s’intéresse aux chemins qui les ont menés dans la métropole. Ayant quitté pour la plupart des milieux de vie difficiles, effets pervers du colonialisme, ces jeunes poursuivent l’illusion d’un monde meilleur dans la grande ville. Mais ils se heurtent rapidement à la dure réalité du quotidien, au désenchantement et au racisme. Ce documentaire authentique et rempli d’humanité nous permet de changer notre perception de ceux et celles que nous pouvons croiser sur les trottoirs de plusieurs villes au pays.

Kanehsatake, 270 ans de résistance, d’Alanis Obomsawin (1993)

Où le voir ? ONF.ca (gratuit)

Documentaire majeur dans notre cinématographie, Kanehsatake, 270 ans de résistance est rapidement devenu une référence pour l’illustration des conflits entre les peuples autochtones et les gouvernements. Alanis Obomsawin était dans sa voiture lorsqu’elle a entendu ce qui se tramait à Oka, et sans hésitation elle a pris cette direction. Elle est restée sur place 78 jours, pour documenter ce qui se passait des deux côtés des barricades. Comme d’habitude, la cinéaste a pris le temps de bien contextualiser les origines de cette crise, en plus de suivre tous les moments forts de cette page d’histoire qui s’écrivait en direct sous ses yeux. Plusieurs séquences du film sont choquantes à revoir aujourd’hui, car elles montrent l’ampleur du racisme dont étaient victimes la communauté mohawk et tous les peuples autochtones. S’il y a eu des gains importants pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits depuis cet affrontement, ce début de réconciliation demeure fragile et nos décideurs ont encore beaucoup d’injustices à corriger.

Le chemin de la guérison, d’Alanis Obomsawin (2017)

Où le voir ? ONF.ca (gratuit)

Film-somme rempli d’espoir, Le chemin de la guérison est sûrement le documentaire le plus lumineux de l’œuvre d’Alanis Obomsawin. En entrant dans l’école Helen Betty Osborne, dans le nord du Manitoba, nous découvrons une autre façon d’éduquer les jeunes, à l’aide d’une approche d’ouverture et de retour aux sources. Pour son 50e film, la réalisatrice qui a fait carrière à l’ONF nous montre qu’il est possible, et même souhaitable, de faire les choses autrement. La communauté de Norway House a réussi à réinventer l’école, et Alanis Obomsawin a filmé tous ces enfants heureux pour inspirer d’autres établissements au pays, autochtones ou non.

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Mme Obomsawin est un véritable trésor national mais elle a malheureusement été largement ignorée par la majorité des Québécois. D’ailleurs, à propos du film Kahnesatake 270 ans de résistance, vous écrivez « S’il y a eu des gains importants pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits depuis cet affrontement, ce début de réconciliation demeure fragile et nos décideurs ont encore beaucoup d’injustices à corriger.»

C’est beaucoup dire qu’il y a eu des gains importants. En fait, à la suite de cette crise, le gouvernement Mulroney a créé la Commission royale sur les peuples autochtones (avec les commissaires Erasmus et Dussault) qui a proposé 440 recommandations 6 ans après la crise, recommandations qui ont TOUTES été ignorées depuis plus de 25 ans.

Au Québec, la crise a fait le contraire de nous rapprocher de la réconciliation alors qu’inexplicablement, les Québécois se sont ligués derrière les gouvernements contre les Mohawks de Kanesatake. Inexplicablement parce que les Québécois ont bien connu les affres du colonialisme britannique mais ce sont les nôtres qui ont adhéré à ce colonialisme à l’encontre des peuples autochtones et l’affaire du golf d’Oka était piloté par le maire et le conseil de cette municipalité, tous des bons Québécois. Le racisme qui était latent dans la province a éclaté au grand jour à ce moment (l’illustration la plus choquante est cette lapidation des voitures qui évacuaient les gens de Kahnawake) et dure encore aujourd’hui et a été mis en lumière avec le décès de Joyce Echaquan dans des circonstances épouvantablement racistes.

Un jour notre peuple va-t-il finir par se réveiller et faire comme nos ancêtres, considérer nos frères et sœurs autochtones comme de grands alliés? Mme Obomsawin finira-t-elle par être entendue et comprise? Pour commencer, regardez ses films.