Alexandre Da Costa: la musique d’une vie

Enfant prodige, repéré par Charles Dutoit bien avant d’avoir des poils au menton, Alexandre Da Costa vit depuis la vie aussi exigeante qu’exaltante de violoniste virtuose. À 37 ans, cet athlète de l’archet applaudi de par le monde lance un disque — son 25e! — qu’il dit être son plus personnel à ce jour.

(Photo: Laurence Labat)
Photo: Laurence Labat

Joint à Singapour, où il s’apprêtait à jouer au prestigieux Esplanade Concert Hall, Alexandre Da Costa nous dit à quel point la sortie de Stradivarius à l’opéra marque un tournant dans sa carrière. «Je ne veux pas me limiter à bien jouer un concerto de Beethoven ou de Tchaïkovski à répétition. J’ai connu des collègues qui l’ont fait pendant 40 ans et qui, au moment de se retirer, se sont retrouvés sans rien devant, sans l’impression d’avoir contribué vraiment à l’histoire de la musique.»

Da Costa, qui se produit sur scène depuis l’âge de neuf ans, est conscient que ses aptitudes techniques se conjuguent désormais à la maturité et aux préoccupations de l’homme qu’il est devenu. «Tous mes voyages, toutes les rencontres que j’ai faites, et surtout la paternité, ça teinte évidemment mon jeu. J’essaie d’être à l’écoute des changements qui s’opèrent en moi, de les intégrer», soutient le père d’un petit garçon de deux ans et demi. «Les gens s’attendent à me voir jouer vite, avec virtuosité, c’est très bien, mais je souhaite plus que jamais faire passer dans mes coups d’archet la personne que je suis aujourd’hui.»

Son nouveau disque est le fruit de cette quête. C’est le premier qu’Alexandre Da Costa, qui s’exécute sur le stradivarius Di Barbaro (1727) que lui prête la Fondation Canimex, se soit entièrement approprié. «C’est la première fois que je m’implique à chaque étape, de la conception à la commercialisation en passant par le choix des pièces, d’un fil conducteur», explique l’instrumentiste, qui tenait mordicus à enregistrer ce disque, où l’on trouve notamment des airs de Puccini, Prokofiev et Wagner, avec l’Orchestre symphonique de Vienne. Une ville de tradition musicale où, dit-il, «les musiciens souhaitent moins devenir riches avec la musique que vivre la musique au plus haut degré de leur art».

Je reviendrai à Montréal

Alexandre Da Costa a beau être continuellement dans ses valises, il ne s’est jamais détaché de là d’où il vient. Dès qu’il a quelques semaines de libres, c’est au Québec qu’il pose ses bagages. Un attachement dont la profondeur l’étonne lui-même. «J’ai toujours été fier d’être québécois, mais depuis que j’ai 18 ans, je ressens l’envie d’aller voir ailleurs, et il se trouve que la vie m’a permis de le faire. J’ai étudié plusieurs années en Europe, beaucoup de choses se sont présentées à moi du côté de l’Asie, de l’Australie [NDLR: il y dirige l’Indian Ocean Ensemble], mais le cordon ombilical qui me lie au Québec est décidément fort. J’y passe presque toujours l’hiver. C’est une saison que je n’aime pas, mais durant laquelle je pense et je répète bien!»

Aussi était-il naturel que la tournée de spectacles qui va suivre le lancement de Stradivarius à l’opéra prenne son envol ici. Et le violoniste, qui se produira à Québec et à Montréal en février, nous assure que le public en aura non seulement plein les oreilles, mais aussi plein la vue. «Les gens qui gravitent autour de la production parlent moins d’un concert que d’un spectacle. Il y aura un échange avec le public, une mise en scène. Ce sera une prestation généreuse et inclusive.»

Voit-il un danger à s’adresser aussi franchement au grand public, en tant que soliste de haut vol? «Je ne crains pas l’avis des puristes, affirme-t-il, parce que la personne la plus exigeante envers moi, ce sera toujours moi-même. Je m’adresse au grand public avec le même sérieux qu’au public traditionnel de la musique classique. Comme un chef cuisinier qui adapterait son art à ceux qui sont dans la salle, mais sans jamais faire de compromis sur la qualité des ingrédients.» (Le 17 février au Palais Montcalm, à Québec, et le 23 février au Théâtre Maisonneuve, à Montréal, dans le cadre de Montréal en lumière)

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Félicitation à toi Tristan d’avoir soutenu mon intérêt durant cette très instructive présentation d’Alexandre Da Costa, papa, chef de l’Indian Ocean Ensemble, soliste virtuose de l’orchestre de Vienne dont les musiciens « aiment vivre la musique au plus haut de leur art. », de CANIMEX, du violon Stradivarius Di Barbaro et des dates des représentations spectaculaires de Québec et de Montréal. Je vais me procurer son disque: Vendu !