Alice Tran au pays de la diversité

Celle qui joue Trang dans Lance et compte est porte-parole du 20e Festival Accès Asie, qui fait la promotion des arts et cultures asiatiques.

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Photo : Charles Briand

« Jusqu’à 14 ou 15 ans, je ne voulais rien savoir du Viêt Nam ! » De la part de la porte-parole du 20e Festival Accès Asie, qui fait la promotion des arts et cultures asiatiques, la phrase étonne. D’autant plus qu’aujourd’hui, la comédienne et animatrice Alice Tran, née au Québec de parents vietnamiens — la Trang de Lance et compte, pour les aficionados —, a profondément renoué avec ses origines et placé le dialogue interculturel au cœur de sa vie.

« C’était beaucoup en réaction à l’éducation que j’ai reçue, je m’en rends compte, juge-t-elle avec le recul. Je trouvais mes parents sévères. À la maison, je pouvais très peu exprimer mes opinions. Mais eux-mêmes avaient été éduqués d’une certaine manière, très stricte ; ils avaient le réflexe de ne pas s’éloigner trop vite de leur culture d’origine. »

Le père d’Alice, médecin, fait partie des tout premiers Viet­na­miens arrivés au Canada après la chute de Saïgon aux mains des communistes, le 30 avril 1975, dernier chapitre de la guerre du Viêt Nam. Cette année-là, ils étaient quelque 6 000 à choisir de vivre au Québec. « La communauté vietnamienne va d’ailleurs célébrer ce 40e anniversaire le 30 avril prochain. Ce sera l’occasion de souligner que cette histoire, qui a commencé dans le traumatisme de l’exil, peut maintenant être perçue sous un angle positif », observe Alice Tran, aujourd’hui fière du parcours de ses parents, qui se sont d’ailleurs connus ici, après l’arrivée de sa mère, en 1978.

À 29 ans, Alice To Nguyen Tran — elle n’hésite plus à dérouler son nom complet ! — parle quatre langues, dont le vietnamien, et multiplie les contacts avec l’Asie. Elle revient tout juste d’un voyage de trois semaines en Indonésie ; il y a quelques années, elle sillonnait la Thaïlande et… le Viêt Nam. « Ç’a été une étape importante. Ce fut une grande émotion que de rencontrer ma “famille”, là-bas, que je ne connaissais pas. C’était particulier, on était très accueillant avec moi, très généreux, et en même temps on me faisait sentir différente, j’étais d’ailleurs ! J’ai bien vécu ça, parce que j’assume pleinement mon identité. Mes racines sont là-bas, mais je me définis comme étant d’abord québécoise. »

Tout compte fait, difficile d’imaginer meilleure ambassadrice pour Accès Asie, ce festival qui, depuis 20 ans, jette des ponts entre l’Occident et l’Orient. « C’est un rendez-vous qui célèbre la très grande diversité asiatique. Moi-même, je n’en connais qu’un tout petit bout. Je ne connais pas la cuisine tibétaine, je connais peu le cinéma, les arts visuels, la littérature d’Iran, de Syrie ou des Phi­lip­pines… Accès Asie, c’est une chance en or de découvrir tout ça. Les organisateurs s’adressent au grand public, mais aussi aux gens des communautés asiatiques du Québec, qui y voient l’occasion de mieux se connaître les unes les autres », dit celle qui anime par ailleurs Couleurs d’ici, à MAtv, une émission qui, depuis quatre ans, propose des portraits d’artistes immigrants.

«  Je me vois comme une médiatrice », poursuit la comédienne, que le grand public a d’abord connue pour son rôle de Liam Pelle­tier dans le téléroman 30 vies. « Même le jeu, qui est devenu ma grande passion et mon métier, me plaît avant tout parce qu’il me permet de comprendre d’autres réalités grâce à mes personnages, et de les faire partager. »

Quelqu’un a-t-il encore besoin d’être rassuré quant au choix de la porte-parole ?

(Festival Accès Asie, du 1er au 24 mai)

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