Anaïs Barbeau-Lavalette : un profond désir de liberté

Si la romancière vous a séduits grâce à sa grande sensibilité et à son regard lucide sur les dures réalités de la vie, il est temps de découvrir la cinéaste, qui a tout autant à vous offrir avec ses courts et longs métrages.

Photo : Eva Maude TC

Notre collaborateur cinéma, Daniel Racine, vous propose de le suivre cet été à la découverte (ou redécouverte) de cinéastes talentueux. Parions qu’il saura vous faire tomber amoureux de l’œuvre de Luc Picard, Anaïs Barbeau-Lavalette, Denis Côté, Alanis Obomsawin et Monia Chokri !

Chien blanc, le quatrième long métrage de fiction de la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette, nous arrivera au début de l’automne. Avec ses nombreux documentaires, ses courts métrages et ses multiples projets scéniques, cette cinéaste de talent a le don de faire vibrer nos cordes sensibles, elle qui s’intéresse à l’humain, à ses failles, mais surtout à ses élans vers la lumière. À travers ses personnages, il y a un profond désir de liberté pour enfin pouvoir être pleinement soi. Ses œuvres sont des odes à la résilience, à la détermination et au courage.

Voici cinq de ses créations, pour tomber sous le charme de cette artiste essentielle à notre paysage culturel :

Se souvenir des cendres — Regards sur Incendies, d’Anaïs Barbeau-Lavalette (2010)

Où le voir ? Vimeo (gratuit)

Si nous y voyons un peu les coulisses du tournage d’Incendies, de Denis Villeneuve, en Jordanie, Se souvenir des cendres n’est pas un making of. Anaïs Barbeau-Lavalette a eu la sensibilité de diriger sa caméra vers ceux qui regardaient ces artisans à l’œuvre, dont de nombreux réfugiés irakiens qui ont connu la guerre. En leur donnant la parole, la réalisatrice a permis à cette adaptation de la pièce de Wajdi Mouawad d’avoir un complément riche, qui élève le propos plutôt que de glorifier la machine cinématographique. Un documentaire touchant, qui montre que derrière la fiction, il y a un réel tout aussi inspirant.

Inch’Allah, d’Anaïs Barbeau-Lavalette (2012)

Où le voir ? Crave, iTunes Store, illico, YouTube, Google Play

En vedette : Evelyne Brochu (La femme de mon frère, Café de Flore), Sabrina Ouazani (Taxi 5, L’esquive), Yousef Sweid (la série Unorthodox, Assassin américain) et plusieurs autres

Après avoir filmé avec cran les jeunes défavorisés du quartier Hochelaga-Maisonneuve pour sa première fiction, Le ring, Anaïs Barbeau-Lavalette s’est intéressée à une autre population fragilisée, les réfugiés palestiniens en Cisjordanie. Nous suivons le destin de Chloé (jouée avec conviction par Evelyne Brochu), une jeune obstétricienne québécoise œuvrant dans une clinique proche de la barrière de séparation israélienne et de nombreux checkpoints. La cinéaste nous fait vivre toute la gamme des émotions dans ce drame poignant d’une fulgurante intensité, confirmant son talent de metteuse en scène.

Ina Litovski, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et André Turpin (2012, court métrage)

Où le voir ? YouTube (gratuit)

En vedette : Marine Johnson (Les oiseaux ivres, La déesse des mouches à feu) et Geneviève Alarie (Noémie dit oui, Vivre à 100 milles à l’heure)

Premier de deux courts métrages réalisés et scénarisés avec le talentueux directeur photo André Turpin (responsable des images d’Incendies, de Denis Villeneuve, et de Mommy, de Xavier Dolan), Ina Litovski raconte les préparatifs d’une jeune violoniste avant son récital, alors qu’elle tente de convaincre sa mère agoraphobe de venir la voir jouer. Avec de savants plans de caméra et une économie de dialogues, les cinéastes réussissent en seulement 12 minutes à nous plonger au cœur de cette relation mère-fille, où les rôles semblent inversés. Deux ans plus tard, le duo allait nous revenir avec le déstabilisant Prends-moi, qui nous montre à quoi ressemble une relation sexuelle encadrée entre deux handicapés dans un milieu hospitalier.

Le plancher des vaches, d’Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier (2015)

Où le voir ? F3M.ca

Il y a dans le documentaire Le plancher des vaches la démonstration de toute l’empathie dont sont capables Anaïs Barbeau-Lavalette et son conjoint, Émile Proulx-Cloutier. Le couple l’avait déjà fait voir dans sa précédente coréalisation, le lumineux Les petits géants. Une fois de plus, leur caméra capte avec justesse les hauts et les bas de l’apprentissage, cette fois-ci dans une école secondaire consacrée à l’agriculture. Ce regard franc sur trois élèves est un sympathique plaidoyer pour le legs et les liens entre les générations, pour que nos campagnes puissent nous nourrir encore longtemps.

La déesse des mouches à feu, scénarisé par Catherine Léger et réalisé par Anaïs Barbeau-Lavalette (2020)

Où le voir ? Crave, iTunes Store, illico, Cineplex Store

En vedette : Kelly Depeault (Noémie dit oui, Vacarme), Caroline Néron (3 saisons, L’âge des ténèbres), Normand D’Amour (Les salopes ou le sucre naturel de la peau, Origami) et plusieurs autres

Succès critique et populaire, cette adaptation du roman de Geneviève Pettersen a remporté les grands honneurs au Gala Québec Cinéma 2021. Ces reconnaissances s’expliquent par le savoir-faire indéniable d’Anaïs Barbeau-Lavalette pour illustrer la détresse palpable de sa jeune héroïne et de ses amis dans les années 1990 à Chicoutimi-Nord. Elle a aussi trouvé en Kelly Depeault une actrice intrépide en parfait équilibre sur la corde raide de ses émotions. La déesse des mouches à feu est une décharge visuelle et sonore qui confirme hors de tout doute la place importante qu’occupe présentement Anaïs Barbeau-Lavalette dans notre cinématographie.

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