Anéantir le dogme d’Internet

Bien qu’il admette qu’un retour en arrière complet est impossible, Hervé Krief en appelle, en signant cet essai aussi bref qu’intransigeant, à une insoumission à la fois simple et pas évidente à embrasser.

S’il a longtemps été difficile de critiquer Internet sans évoquer ces puritains qui craignaient jadis que le rock’n’roll corrompe la jeunesse, les raisons de déchanter face aux nouvelles technologies s’accumulent actuellement, à mesure que les GAFA causent l’asphyxie des revenus de la presse locale, ou que l’on en apprend davantage sur les conditions de travail des mineurs qui arrachent au sous-sol les matériaux nécessaires à la fabrication de nos téléphones.

Échapper à Internet en 2020 apparaît cependant aussi envisageable que d’échapper à une ondée au milieu d’une plaine sans arbre. C’est d’abord contre cette omnipotence que rage Hervé Krief dans Internet ou le retour à la bougie, en dressant l’inventaire des stratégies déployées par les poids lourds du Web afin de se rendre incontournables. Contrairement à l’idée reçue, il ne suffirait pas, selon lui, de bien utiliser Internet pour éviter ses aspects négatifs, tant il creuse des racines profondes dans une économie déshumanisée et délocalisée.

« Un peu comme l’eau courante et beaucoup comme l’électricité, l’Internet semble relever d’un processus magique », écrit le musicien français, dans un chapitre consacré aux ravages environnementaux que provoquent les centres de données par lesquels transitent nos courriels. « Voici encore une des réussites incontestables du monde capitaliste : sa propension à dissimuler, à mettre hors de notre vue toutes les infrastructures et tous les milliards investis dans la mise en place physique et concrète d’une société technicienne. »

Obsolescence programmée, concentration du pouvoir entre les mains de quasi-monopoles, prolifération des écrans ; Krief énumère éloquemment des préoccupations communes, mais brille surtout lorsqu’il se désole des effets intimes de notre dépendance à Internet : atrophie de la mémoire, diminution de la capacité d’attention, érosion du lien social. Des inventions qui devaient rendre nos journées plus douces auraient, paradoxalement, exacerbé cet anxiogène sentiment de ne pas vraiment habiter les heures qui nous passent sur le corps. Nos ordinateurs n’ont jamais été aussi rapides et, pourtant, nous n’avons plus le temps pour rien.

Bien qu’il admette qu’un retour en arrière complet est impossible, l’auteur en appelle, en signant cet essai aussi bref qu’intransigeant, à une insoumission à la fois simple et pas évidente à embrasser. Il faut carrément se débrancher, et lutter contre les injonctions à l’informatisation de tout, plaide ce membre d’Écran total, un collectif de citoyens réunis autour de l’idée « qu’il est désormais crucial de résister à la déferlante de dispositifs destinés à gérer nos vies ».

Parce que ce n’est rien de moins que sa capacité d’émerveillement que mettrait à mal l’accro de la techno qui marche les yeux collés à l’écran de son téléphone, sans voir ce mignon gamin qu’une passante tient dans ses bras. « L’esprit […] ne peut vagabonder et ne peut se perdre dans les méandres du monde intérieur et sensible » s’il ne renonce pas à l’ivresse des J’aime.

Internet ou le retour à la bougie, par Hervé Krief, Écosociété, 120 pages.

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On as pas sus arrêter le Dogme de la religion….et ça été térrible pour l’ humanité…et cela est encore aujourd’ hui…Dogme informatique…impossible…L , humain étant ce qu’ il est

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