Anne Villeneuve : Un trait d’humanité

Cette illustratrice québécoise connue pour ses albums jeunesse a également du talent pour le roman graphique. Elle a ainsi coécrit La fin du commencement, l’histoire de Fadi Malek, un immigré libanais.

Photo : Audrée Wilhelmy

Le Fadi de La fin du commencement existe-t-il ?

Oui, même s’il s’agit d’un pseudonyme. Je l’ai rencontré dans un café montréalais où tout le monde se parle. Très timide, il se dévoilait peu, mais à chacune de nos discussions, j’avais l’impression que le temps s’arrêtait. Pour moi, c’est un honneur qu’il ait accepté qu’on raconte ensemble son histoire. Il a fui son pays en raison de la guerre, mais aussi parce que l’homosexualité y est encore taboue. Il a donc préféré cosigner le livre sous un pseudonyme. Je le trouve très courageux. Ensuite, par souci de respecter le processus créatif, nous nous sommes accordé la liberté d’emprunter des détours pour enrichir l’histoire, tout en faisant en sorte qu’elle demeure plausible. Bon, plausible… j’ai quand même dessiné l’esprit de Winston Churchill ! Pour Fadi, c’était l’ami imaginaire parfait, une force rassurante nécessaire pour lui donner du courage dans le déracinement.

Comment avez-vous travaillé à quatre mains ?

Nous avons discuté tout au long du projet et Fadi m’a fourni des tonnes de photos pour m’inspirer. Pour les illustrations, je pratique une technique d’aquarelle, le lavis. À part la couverture, mes bandes dessinées sont en noir et blanc. Toutefois, comme cette technique me permet d’utiliser une étonnante quantité de valeurs de gris, certains lecteurs m’ont déjà dit avoir eu l’impression que mon livre était en couleurs, une confidence qui me ravit !

Vous avez publié des albums jeunesse avant de découvrir le roman graphique. Pourquoi avoir fait cette transition ?

En tant que lectrice, j’étais très impressionnée par le travail des auteurs de romans graphiques, mais j’avais le sentiment de ne pas être à la hauteur. Puis un jour, j’ai plongé ! Même si c’est titanesque, j’ai adoré l’expérience. Cela dit, je vais continuer d’aller vers ce qui me fait envie, que ce soit un album jeunesse, un roman graphique ou une murale interactive comme celle que je viens de terminer pour la Maison de Radio-Canada. 

Comment l’inspiration vient-elle ? 

La création est une bibitte étrange. D’habitude, quand je commence à plancher sur un projet, je m’assois et je vois ce qui monte. S’il n’y a rien, tant pis ! Je passe à autre chose. C’est comme si la création jouait à cache-cache avec moi. Avec les années, j’ai compris que ces moments de latence font aussi partie du processus, que je dois les accepter. Puis un matin, les traits de mes personnages se précisent : je sais instinctivement de quoi ils auront l’air quand ils seront tristes ou joyeux, comment ils croiseront les mains. Mais lorsque je bloque sur une scène en particulier, je passe à la prochaine et j’y reviens plus tard.

(Nouvelle Adresse, 184 p.)

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