L’artiste autiste Anthony Dolbec chante au Lion d’Or le 27 novembre

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Anthony Dolbec assure les premiers frissons de Gabrielle, le film de Louise Archambault. Quand il entame la chanson de Niagara, « Pendant que les champs brûlent », il mord le cœur. D’où lui vient cette voix ? D’un autre monde, qui sait ? Anthony est, comme Gabrielle Marion-Rivard (la Gabrielle du long métrage), membre de la chorale et élève avancé des Muses.

Les Muses offrent une formation professionnelle en arts de la scène aux personnes vivant une situation de handicap et favorisent leur intégration dans le milieu artistique professionnel. Le centre, fondé en 1997 par Cindy Schwartz, ne reçoit aucune subvention de fonctionnement. Une honte.

Anthony n’aime pas le mot « handicap » que l’on emploie pour désigner sa singularité : l’autisme. « Quand on m’engage, je ne veux pas être l’autiste de service. J’ai envie qu’on me choisisse pour ce que je suis, pas pour ce que j’ai. » Le syndrome d’Asperger, dont il est atteint, n’influe pas sur le développement cognitif, mais entraîne « des déficits en communication et en sociabilité et des perceptions altérées du langage non verbal et des règles sociales ».

Comme une star, Anthony cadenasse sa vie privée, mais il consent à dire qu’il a 28 ans, une sœur « pom-pom girl » et une inclination pour le metal et le rock gothique. Sur scène, il partage un répertoire plus consensuel : Depeche Mode, Les Colocs, les Beatles, Charlebois. Son interprétation d’« Ordinaire » a secoué la carcasse du grand Robert. Avec le chœur des Muses, Anthony chantera « son » tube le 27 novembre — Journée internationale des personnes handicapées — à l’occasion du Cabaret Accès-Cible, mettant en vedette Pascale Picard et Marco Calliari, entre autres (au Lion d’Or, à Montréal).

Ces temps-ci, Anthony cherche à se constituer un groupe de musiciens avec lequel il voudrait se produire comme chanteur soliste dès février prochain. Il a écrit deux morceaux : « Eclipse » et « Not a Slave ». En anglais ? « Désolé pour les souverainistes. Si je pouvais, j’apprendrais 10 langues. » En mars, on le verra dans Avale, de la compagnie Joe Jack et John, où il interprétera un… tigre. Car Dolbec chante, mais il joue aussi, et danse même au sein de la compagnie de gigue contemporaine Maï(g)wenn et les Orteils.

« Les émotions ne me viennent pas facilement. J’ai du mal à les montrer, encore plus à les identifier. Je dois faire beaucoup d’efforts pour m’ouvrir aux autres. » Efforts récompensés : Anthony a une petite amie depuis quelques semaines. En le proclamant, il affiche son premier sourire, et l’intervieweur s’en trouve tout ému.

 

 

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