ARTS ET SPECTACLES

Poing de vue
Elle adore les talons hauts et les blousons de cuir. Elle a sauté en parachute, fait de l’escalade de glace, du trekking au Tibet. Michelle Allen vit dangereusement : elle écrit pour la télévision et le cinéma, où elle essaie de mettre au jour quelque vérité sur la condition humaine. Elle a écrit et joué du théâtre, traduit Shakespeare, scénarisé plusieurs séries et téléromans (L’or et le papier, Diva, Tribu.com, Au nom de la loi, Destinées). Elle a même fait quatre ans d’études à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. « La physiologie d’une commotion cérébrale, les effets de la déshydratation, ceux de l’entraînement sur la fibre musculaire… Tout ça n’a plus aucun secret pour moi. Autant de choses très utiles pour écrire un film sur la boxe. »

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Les critiques et le succès mitigés de votre télésérie Le 7e round ne vous ont pas découragée de pénétrer à nouveau dans le milieu de la boxe ?
— La ligne brisée est d’abord une histoire d’amitié, de faute et de pardon. Sa particularité, c’est qu’elle a lieu dans le monde de la boxe. Le projet de film s’est développé en même temps que la série. L’intrigue est complètement différente, le point de vue, le traitement aussi.

Le cinéma a donné beaucoup de films sur la boxe, qu’il suffise de mentionner la série des Rocky.
Nuit et brouillard, d’Alain Resnais, n’a pas empêché Spielberg de réaliser La liste de Schindler. Ce n’est pas parce qu’il y a eu Docteur Jivago qu’on n’a plus le droit de raconter des histoires d’amour. La ligne brisée est le premier film de fiction sur la boxe au Québec, et le combat de la fin est à la hauteur de tous les Rocky réunis.

Que représente ce sport, une métaphore de la vie ?
— Certainement : quasiment nu sur un ring, un contre un, risquer sa peau, aller au tapis, se relever. Tous les sports sont des métaphores de la vie, mais c’est plus excitant d’écrire sur la boxe que sur la pétanque. J’aime le côté transgressif de la boxe. C’est un sport de marginaux, de solitaires, d’hommes sans mots. Je suis arrivée là avec mon arsenal de questions et je les ai posées toutes. J’ai cherché mes réponses entre les mots, dans les corps, les odeurs, les images.

Que veut le public de cinéma qu’il n’a pas à la télé ?
— Le cinéma est un concentré d’émotions. Je pleure au cinéma, rarement devant ma télé. Et puis, l’odeur du maïs soufflé et des nachos au fromage, les voisins qui font du bruit avec leur gomme à mâcher, ça n’existe pas dans un sous-sol, même s’il est pourvu de tout l’équipement HD.

Le producteur vous a-t-il imposé Guillaume Lemay-Thivierge, qui s’use à force de se montrer partout ?
— Je me suis beaucoup battue pour que Michel Côté et Marie Tifo jouent les deux boxeurs, mais je n’ai pas gagné ! Autant Guillaume était né pour interpréter un boxeur, autant David Boutin a dû se dépasser pour en devenir un. Leur détermination à se transformer physiquement et à donner l’illusion de maîtriser en quatre mois ce que des boxeurs mettent des années à apprendre est la preuve qu’il existe un Dieu pour les scénaristes.

D’autres projets pour le cinéma ?
— Pour le cinéma, pour la télé, pour tout. À chaque nouveau projet, je me sens comme le premier Occidental qui a pénétré dans la Cité interdite ou soulevé les rideaux d’un harem. Émerveillée et reconnaissante. Je ne peux pas imaginer me priver de ce plaisir-là.

La ligne brisée, un film de Louis Choquette, en salles le 7 mars.

Obom s’anime

Elle a les yeux d’une rêveuse que la réalité écorche : aujourd’hui, elle a dû emprunter de l’argent à son père pour « assurer l’essentiel ». Ainsi va la vie d’artiste. Diane Obomsawin — patronyme abénaquis signifiant à la fois « éclaireur » et « celui qui garde le feu » — a beaucoup de talent, mais pas celui de se faire remarquer. On voudrait la pousser dans la lumière, elle est plutôt du genre à rester dans sa bulle, à s’interroger sur sa place dans l’univers. Pourtant.

Pourtant, elle a des étoiles au bout des doigts et sait tout faire : peinture, sculpture, graphisme, illustration. Mais ce qui la définit le mieux, ce sont la BD et le dessin d’animation. La maison d’édition L’Oie de Cravan a publié ses deux albums : Plus tard… (1997), « recueil de rêves » récemment réédité, et Kaspar (2007), d’après l’histoire de Kaspar Hauser, qui aurait vécu reclus dans une chambre les 16 premières années de sa vie. Des bijoux de poésie, d’humour et d’émotion qui vous feront manquer votre correspondance métro-autobus. Traits naïfs, à la limite enfantins, mais ne vous y fiez pas. La simplicité n’est pas donnée à tout le monde, ça se travaille.

Elle apprivoise le cinéma d’animation avec Microbe (1992) et Ma rencontre avec Marianne Faithfull et un enfant orignal (1995) avant d’être accueillie par l’Office national du film, en 1997, où elle réalise quelques commandes ainsi qu’une création libre et autobiographique, Ici par ici (2006). Le récit raconte, en neuf minutes, ses 18 premières années : naissance à Montréal, déménagement en France alors qu’elle n’a qu’un an, apparition d’un petit frère, divorce des parents, retour au Québec du père, premières rébellions, premiers dessins, quête d’identité, bascule entre les continents. « Je rêve souvent que je marche dans New York et que je traverse la tour Eiffel posée… sur la 5e Avenue ! »

Dans le film, on retrouve ses personnages de BD (longues silhouettes au nez plus que présent), sa musique graphique particulière, des trésors de détails et un parfum d’enfance largement répandu. Il existe encore trop peu de débouchés dans les salles de cinéma et à la télé pour les courts métrages d’animation, mais quand ils ont de l’allure, « ils font une belle vie de festivals ». Ici par ici en a fréquenté une trentaine de par le monde.

Et il fera le bonheur des spectateurs du Festival international du film sur l’art, qui consacre un portrait à Diane Obomsawin. Tous ses films — les courts et les très, très courts (quelques secondes à peine) — seront projetés : 24 titres au programme, diverses techniques, et toujours l’humour et la gravité qui marchent ensemble. La commissaire invitée, Nicole Gingras, présentera l’œuvre et interrogera l’artiste, qui parlera peut-être de ses projets : traduire en BD Les métamorphoses d’Ovide et créer un film d’animation mettant en vedette les 34 maisons qu’elle a habitées, et dont elle dresse souvent l’inventaire avant de s’endormir. De quoi rêver.

Cliquez ici pour regarder le film Ici par ici

• Pour connaître la date de la soirée Obomsawin, consultez la grille horaire du Festival international du film sur l’art, du 6 au 16 mars, en ligne dès le 18 févr. : www.artfifa.com, 514 874-1637.

PARENTHÈSE

Têtes à claques

• Vous trouvez que les Têtes à claques méritaient de passer à la télé, vous ? Ces capsules, si délicieuses sur le Web, ont pris une méchante claque à Radio-Canada. Effet de grossissement, sans doute. Les personnages de Michel Beaudet demeurent craquants, mais les textes klaxonnent leur indigence. Beaudet, ancien créatif en publicité, doit savoir qu’une tête qui gonfle finit par éclater et qu’à un moment donné le marketing prend le pas sur l’inspiration.

Marc Labrèche ne peut pas être partout, hélas ! Fou à clouer au plancher, fragile comme une orchidée, il anime 3 600 secondes d’extase — c’est le titre, mais ça ne fait rien —, une émission (Radio-Canada, samedi, 19 h) qui relève de l’art, de l’essai, voire du bras d’honneur. Labrèche monte jusqu’au douzième degré de l’absurde et on le suit, ébaubi, sans tout saisir. Quand, déguisé en Brenda Montgomery, dans Le cœur a ses raisons, Labrèche écartait les jambes et montrait sa culotte sous sa jupe, il transfigurait nos mornes existences. On en attend autant de ce cocktail de nonsense et d’actualité : l’émission se cherche encore, mais je vote pour elle, car je l’aime, lui.

• Si vous le rencontrez, auriez-vous l’obligeance de demander à Stéphan Bureau pourquoi, au club de gym, il s’adresse en anglais à son entraîneur, aussi francophone que vous et moi ? Remets le Contact (Télé-Québec, jeudi, 21 h), Stéphan, tu décolles trop, là.

LES RENDEZ-VOUS DU MOIS

THÉÂTRE / Les choix de Sophie

Quoi qu’on en dise, il ne fait pas sombre dans les pièces de Samuel Beckett, il arrive même qu’on rie. Sophie Clément et d’autres nous régalent de trois « becketteries » : Comédie, Berceuse et Catastrophe. Réseau des Maisons de la culture, à Montréal, entre les 19 févr. et 15 mars (entrée libre, mais laissez-passer requis). Le metteur en scène Jean-Marie Papapietro signe également Histoire de Marie, du photographe Brassaï, un recueil des monologues de sa femme de ménage, dont Beckett salua la publication en 1949. Avec Sophie Clément encore, étonnante. En reprise. Usine C, à Montréal, du 4 au 8 mars, 514 521-4493.

MUSIQUE / Redevenu lui-même

Après avoir cédé un temps à l’esbroufe et au cabotinage, Maxim Vengerov, 33 ans, semble avoir rabattu de son panache et retrouvé sa patrie : la musique, sa nécessité intérieure. Entendez son cœur dans le Concerto pour violon de Tchaïkovski. Invité de l’Orchestre symphonique de Montréal. Salle Wilfrid-Pelletier (Place des Arts), à Montréal, les 3 et 4 mars, 514 842-9951.

DANSE / Fabre, côté ange

Homme de théâtre, plasticien et chorégraphe, Jan Fabre dit : « Une œuvre d’art doit être agressive moralement et physiquement. » Dans Perroquets et cobayes, ses interprètes, nus, copulaient avec des poussins et des grenouilles… en peluche ! Dans Je suis sang, c’était un carnaval de crachats, de déjections et d’absorption d’urine. Mais contempteurs et adulateurs s’entendent pour dire la beauté et la force de L’ange de la mort. Conception, mise en scène et textes du perturbateur flamand. Avec Ivana Jozic et, sur film, William Forsythe. Usine C, à Montréal, du 26 févr. au 1er mars, 514 521-4493 ; Centre national des Arts, à Ottawa, du 6 au 8 mars, 613 755-1111.

THÉÂTRE / Séducteur-nez

Nasalement surdimensionné, Cyrano n’a d’yeux que pour sa cousine Roxane, snobinette et pimbêche, qui, elle, voit Christian dans sa soupe. Celui-ci, sans esprit, demande à Cyrano d’assurer par intérim sa cour. Marie Gignac dirige le chef-d’œuvre d’Edmond Rostand : des rires, des larmes et du romantisme, tout ce qu’on aime au théâtre. Dans le rôle-titre, Hugues Frenette, épée de la scène québécoise, devrait nous mener par le bout du nez. Production du Théâtre du Trident. Cyrano de Bergerac, salle Octave-Crémazie (Grand Théâtre de Québec) du 4 au 29 mars, 418 643-8131.

CHANSON / Voyage dans les îles

Sans se péter les cordes vocales, sans rimer au-dessus de ses moyens, Sylvie Dumontier — momentanément défroquée de Shilvi, la chérie des enfants — vient déposer sur scène, comme autant d’émois et d’ambiances, les chansons de son album jazzy-pop, Les îles flottantes, qui ne vous lâcheront pas la tête. Le Moulinet (Théâtre du Vieux-Terrebonne) le 7 mars, 450 492-4777.