Athènes-sur-Saint-Laurent

Ils sont parmi nous. Dans notre vocabulaire, dans nos jeux et nos sports, dans nos représentations du monde. Mais connaissons-nous vraiment les dieux grecs ? Une grande exposition à Québec les fait revivre.

«Tête dans le style de la Héra Farnèse», 1er s. apr. J.-C. (Photo © Musée de la civilisation)
«Tête dans le style de la Héra Farnèse», 1er s. apr. J.-C. (Photo © Musée de la civilisation)

Poussiéreux, les dieux grecs ? Pas sûr. Si vous demandez à des élèves du primaire ce qu’ils en pensent, vous pourriez vous faire répon­dre que Zeus et Athéna sont au contraire « super cool ». Pas étonnant : l’une des séries les plus populaires de la littérature jeunesse, depuis quelques années, puise dans le fabuleux réservoir de personnages qu’est la mythologie grecque.

Percy Jackson, de l’États-Unien Rick Riordan, a en effet pour protagoniste un adolescent bien d’aujourd’hui, qui a la particularité d’être né de l’union d’une mortelle et de Poséidon (dieu des mers), ce qui fait de lui un demi-dieu. Avec son ami Grover, un satyre, Percy prend part à une guerre contre les Titans qui aura pour théâtre… New York. Les millions de jeunes lecteurs de la série, qui fait de l’Empire State Building le nouveau domaine des dieux, connaissent d’ailleurs sur le bout de leurs doigts les caractères distinctifs d’Héra (déesse du mariage et des femmes), Cronos (un Titan, père de Zeus) et Hadès (dieu des morts et maître des enfers).

Qui sait, ce sont peut-être eux qui emmèneront leurs parents au Musée de la civilisation, à Québec, découvrir ou redécouvrir ce panthéon grec, si riche que les millénaires ne parviennent pas à l’effacer. Les maîtres de l’Olympe, exposition montée en collaboration avec l’Antikensammlung, le prestigieux Musée des antiquités de Berlin, rassemble 160 artéfacts datant souvent de plusieurs siècles avant Jésus-Christ. Autant de clés pour compren­dre cet univers en apparence lointain, mais qui résonne encore fort dans l’imaginaire occidental.

Pour goûter pleinement sa visite, mieux vaut laisser au vestiaire la logique héritée du catholicisme et s’ouvrir à un tout autre rapport au religieux. Dans la Grèce antique, en outre, l’opposition entre sacré et profane est impensable. Il faut plutôt imaginer une sorte de gradation entre ce qui est peu sacré et ce qui l’est davantage, dans une organisation sociale certes entièrement tournée vers le divin, mais où chacun choisit à quel point il fait place, dans son quotidien, aux mythes et aux pratiques rituelles du temps.

Le panthéon même n’a rien de fixe. Autour des 12 dieux majeurs, communs aux différents groupes du monde grec, une pléthore de divinités mineures, voire locales, entrent dans la danse — les dryades, par exemple, trois nymphes qui ont pour rôle de protéger les arbres. Les Romains s’approprieront ces figures, les renommant au passage.

Le Musée de la civilisation a choisi d’établir un parcours qui fait progresser le visiteur, physiquement, vers les hauteurs de l’Olympe. Ceux qui se muniront de l’audioguide (recommandé) seront accompagnés dans leur « élévation » par Homère, le semi-légendaire auteur de L’Iliade et de L’Odyssée, mais aussi par Hésiode, à qui l’on doit une incontournable Théogonie, récit de l’origine des dieux et de leur généalogie. Dans le dialogue que les concepteurs ont imaginé entre les deux poètes, la pierre se met à vivre, le passé se conjugue au présent.

Berlin, en raison du nombre extraordinaire d’œuvres gréco-romaines qui y ont été acheminées (résultat d’une politique d’acquisition qui trouve son origine au XVIIe siècle), est parfois appelée Athènes-sur-Spree, du nom de la rivière qui traverse la capitale allemande. Pour les prochains mois — rien n’est impossible aux dieux —, Québec se fait à son tour Athènes-sur-Saint-Laurent.

(Jusqu’au 15 mars 2015, au Musée de la civilisation)

 

QUATRE DES DIEUX MAJEURS

Olympe-Zeus©MuséeCivilisationZEUS. Fils de Cronos, qui dévo­rait ses enfants, Zeus l’a échappé belle : remplacé par une pierre quand son père allait l’avaler, il forcerait ensuite ce dernier à régur­giter ses frères et sœurs. Devenu grand ordon­nateur des cieux et du monde, Zeus demeure colérique et peut se fâcher contre les mortels.

Olympe-Aphrodite©MuséeCivilisationAPHRODITE. La déesse de l’amour et de la beauté a une telle puissance qu’elle inquiète Zeus. Pour freiner la concu­pis­cence dans laquelle elle entraîne l’Olympe, il la marie au plus laid des dieux, Héphaïstos. Lequel ne tardera pas à être cocufié.

Olympe-Hermes©MuséeCivilisationHERMÈS. Messager des dieux, il pré­side au commerce et aux échanges en tout genre. Le fils qu’il aura avec Aphrodite, Hermaphrodite, connaît un sort étonnant : la nymphe Salmacis, qui lui voue un amour à sens unique, suppliera les dieux de l’unir à jamais à lui. Exaucée, elle formera avec son amant un être… hermaphrodite.

Olympe-Dionysos©MuséeCivilisationDIONYSOS. Né de l’union d’une mortelle et de Zeus, il a terminé sa gestation dans la cuisse de ce dernier, devenant ainsi immortel. Dieu de la joie et de la transgression, de la danse et du vin, il deviendra le Bacchus des Romains.

 

L’ODYSSÉE D’UN CHEF-D’ŒUVRE

À l’invitation du Musée de la civilisation, nous avons pu voir les œuvres présentées à Québec avant leur départ de Berlin. Si Andreas Scholl, directeur de collection à l’Antikensammlung, n’aime pas voir « ses » chefs-d’œuvre dans des avions-cargos, il aime plus que tout les voir rayonner dans le monde. « Dès que je suis convaincu du sérieux d’un partenaire, tout devient possible. Je sais que le Musée de la civilisation traitera bien les œuvres et en proposera une lecture autre. Tout ceci me stresse, mais me réjouit ! »

Scholl a une autre raison de se réjouir : l’entente prise entre les deux établissements implique la restauration de certaines pièces. Le musée québécois a payé pour refaire une beauté à un relief d’une Victoire sacrifiant un taureau et à un autre représentant l’un des jumeaux Castor et Pollux.

Relief d'une Victoire sacrifiant un taureau, 1er s. av. J.-C. (Photo © Musée de la civilisation)
Relief d’une Victoire sacrifiant un taureau, 1er s. av. J.-C. (Photo © Musée de la civilisation)
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Bravo au Musée de la Civilisation de la ville de Québec. Ma visite va me rappeler mes apprentissages quand j’étais étudiant au cours classique. Ce sera de vrais artéfacts et non de petites reproductions en noir et blanc qu’adolescents nous trouvions fascinantes et culturellement différentes. Merci aux Pères du St-Sacrement qui nous ont enseigné cette incroyable période de l’histoire de l’humanité et au Musée de la civilisation de nous ramener au temps des dieux.

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