Au FTA : Levée des conflits : pas de quoi se lever, sinon pour sortir

Raphaël de Gubernatis, spécialiste danse du Nouvel Observateur écrit dans un article du 30 juin 2011, intitulé L’as de la non-danse :

[…] Malheureusement, Boris Charmatz s’est surtout révélé comme un improbable chorégraphe, un militant de cette absurdité appelée la « non-danse » qui permet d’ignorer totalement ce qu’on nomme chorégraphie en montant des ouvrages d’un ennui terrifiant et d’une absolue vacuité au nom d’on ne sait quelles théories fumeuses. Charmatz appartient à ce courant où l’on brasse des concepts sans avoir, apparemment, les moyens de les soutenir à la scène.

Il s’agissait d’une mise en bouche, voici maintenant le plat principal : « Charmatz a récidivé depuis avec Levée des conflits où chacun des vingt-quatre interprètes exécute en canon des mouvements d’une insignifiance et d’une laideur à pleurer. » J’ai vu le spectacle hier soir, et j’ai le regret de dire que je suis d’accord avec le critique. Insignifiant et laid, c’est pas mal ça.

Photo : Caroline Ablain
Photo : Caroline Ablain

Pour rire, lisez le programme dans lequel le chorégraphe affirme que « l’œuvre peut paraître vide si l’on ne sait pas comment la prendre ». Et ta sœur ? Charmatz aurait 20 ans, on dirait « ah, la jeunesse ! », il en a 40, il est inexcusable.

Respect tout de même pour les 24 interprètes – oui, ils sont 24 ! – qui se démènent, sautent, se secouent, ondulent, roulent, se traînent au sol, quand ils ne nettoient pas le plancher, suent abondamment pour le « maître », incapable d’organiser la matière, de structurer une pensée, d’unifier son grappillage. La force du nombre qui fait souvent loi sur une scène, si ce n’est qu’au plan des dynamiques et de l’énergie, fait ici patate, car l’œil se perd, ne sait plus sur quel corps se poser ; atterrée par le manque d’enjeux, l’attention se dilate et l’esprit tombe dans une torpeur induite par la cacophonie autant musicale que corporelle.

Entamé avec 10 minutes de retard comme il est de mise dans tout festival qui se respecte (et merde pour le spectateur qui, lui, est à l’heure !), le spectacle de 100 minutes lasse après un quart d’heure. Mais à en croire les applaudissements, une partie du public a beaucoup apprécié la séance d’aérobie. Grand bien lui fasse.

À M. de Gubernatis [qui aurait du grain à moudre avec les travaux de Frédérick Gravel, chorégraphe pseudoprovocateur qui ne donne pas sa place en vacuité, cela dit sans préjuger d’Ainsi parlait, qu’endosse le FTA du 5 au 8 juin], on recommandera plutôt So Blue (les 6 et 7 juin), de Louise Lecavalier qui, à moins d’avoir cédé aux sirènes de la « danse pas de danse », fait toujours du mouvement – électrique – l’essentiel de sa pratique.

Levée des conflits, Théâtre Jean-Duceppe, dernière représentation ce soir, 514 842-2112.

 

Laisser un commentaire