Au FTA : s’élever avec Birds with Skymirrors

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Il y a des spectacles de danse dont on n’est pas sûr de bien saisir le sens (quand il ne nous beurre pas d’appréciations superlatives ou de commentaires abstrus, le programme peut être utile), mais où l’on sait qu’un chorégraphe défend une conception du monde. C’est le cas avec Birds with Skymirrors et avec son créateur, Lemi Ponifasio. Ce dernier, né aux Îles Samoa, installé en Nouvelle-Zélande où il a étudié la philosophie et les sciences politiques, dirige depuis 1995 la compagnie MAU (qui veut dire déclaration ou témoignage). Il y a deux ans, le Festival TransAmériques nous avait fait découvrir toute la puissance de l’homme et de sa compagnie avec Tempest : Without a Body.

À partir d’une anecdote – Ponifasio a vu sur une plage du Pacifique des oiseaux portant dans leur bec des bandes vidéo pour construire leur nid –, il nourrit une profonde réflexion sur le monde tel qu’il va – tout croche – dans un spectacle-cérémonial croisant coutumes ancestrales, problématiques écologiques, spiritualité, poésie, philosophie. Un mélange de danses traditionnelles, d’arts martiaux, de mouvements contemporains. Il y a du derviche tourneur, du moine, du karatéka, du guerrier de la beauté et quoi encore dans chacun des merveilleux interprètes de la compagnie : des hommes sculpturaux explorant leur animalité à petits pas coulés et rapides et claquant des mains dans un synchronisme époustouflant ; des femmes lançant leur chant vrillant ou s’adonnant à une pratique rituelle avec une harmonie parfaite.

Sur un plateau sombre (parfois trop pour des yeux fatigués), dans une scénographie post-catastrophique d’où surgit de manière récurrente l’image filmée d’un oiseau tentant d’extraire ses ailes d’une mer mazoutée, une esthétique implacable prend place et invite à la méditation, du moins à la contemplation. Vu sa lenteur, le spectacle pourra paraître long, les mouvements répétitifs en déconcerteront peut-être certains, mais jamais cet hymne à la beauté ne lasse car il nous incite à nous élever, à garder les yeux ouverts, à célébrer la vie sans craindre la mort.

Le spectacle se termine après 95 minutes, et l’on retrouve brutalement les applaudissements, le brouhaha du public évacuant la salle, l’accélération dans les escaliers roulants du théâtre. Encore tout empreint des images suscitées par Ponifasio et ses danseurs, on se dit : « Après quoi court-on au juste ? » On hésite quelques secondes puis, moutonnier, on épouse le rythme des autres…

Birds with Skymirrors, Théâtre Maisonneuve, dernière représentation ce soir, 514 842-2112.

 

 

 

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