Chrystine Brouillet au front contre l’homophobie

Comment est-il possible de dénigrer, maltraiter, humilier, agresser ou tuer une personne pour une question d’orientation sexuelle ? C’est ce qu’a voulu explorer Chrystine Brouillet dans sa plus récente enquête, Les cibles.

Photo : Maxyme G. Delisle

Déjà une 19e enquête pour la redoutable Maud Graham, la policière qui traque sans pitié les criminels sévissant dans la ville de Québec. Une remarquable longévité pour un personnage de la littérature québécoise, issu de l’imagination de la non moins prolifique Chrystine Brouillet, dont l’œuvre compte une cinquantaine de romans. Dans Les cibles (Druide), l’écrivaine explore le thème de l’homophobie avec un vieux cas non résolu qui revient hanter l’enquêteuse. Et il sera peut-être question de confinement dans son prochain bouquin, puisque Chrystine Brouillet dit prendre des notes sur ce qu’on vit depuis le printemps en vue de ses futures histoires…

Où et quand écrivez-vous ? 

J’écris toujours chez moi. Parfois je m’installe au salon, souvent dans mon bureau ou dans la cour lorsqu’il y fait assez chaud et qu’il n’y a pas d’assourdissants travaux dans les rues voisines. J’écris dès mon réveil, en buvant impérativement du thé vert japonais, et j’éteins l’ordinateur en fin d’après-midi.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ? 

Je ne pense pas à mes lecteurs d’une façon précise, ils composent plutôt une entité bienveillante. Trop y réfléchir accentuerait peut-être les nombreux doutes qui m’assaillent quand j’écris. Il vaut mieux me concentrer sur l’intrigue à bien ficeler !

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? 

Un excellent conseil : lire et relire les grands auteurs pour apprendre à écrire. Et s’intéresser aux ouvrages qui portent sur l’écriture. Les entretiens de François Truffaut avec Alfred Hitchcock et La dramaturgie, d’Yves Lavandier, m’ont été très utiles pour la construction d’une intrigue ou la création d’un personnage.

Quelle partie du boulot vous rend le plus heureuse ?

Lorsqu’un lecteur me parle d’un personnage comme s’il existait réellement et qu’il le connaissait personnellement. J’ai alors l’impression de partager une amitié avec ce lecteur, qu’un lien s’est établi entre nous grâce à ce personnage.

Comment s’est passée la création de votre dernier livre, Les cibles ?

Comme pour chaque roman, j’ai amassé de la documentation sur le thème qui m’intéressait, l’homophobie, avant de créer ces personnages d’agresseurs qui sévissent à Montréal et à Québec, puis j’ai élaboré le plan d’une manière assez précise, car deux intrigues se chevauchent sur deux époques ; des repères détaillés m’étaient nécessaires pour ne rien omettre.

Quel message vouliez-vous faire passer dans ce roman ?

C’est la colère qui m’a poussée à écrire Les cibles : comment est-il possible de dénigrer, maltraiter, humilier, agresser ou tuer une personne pour une question d’orientation sexuelle ? C’est pourtant en 2020 la triste réalité, et j’espère attirer l’attention de mes lecteurs sur les ravages des comportements homophobes. Il faut absolument que les choses changent !

La popularité de votre personnage-vedette rend-elle l’écriture plus facile ou plus difficile ?

Savoir que des lecteurs suivent Maud Graham avec fidélité est un merveilleux privilège, mais ne rend pas plus aisée ou plus ardue l’écriture.

De vos nombreux contacts avec vos lecteurs, quel moment est resté particulièrement gravé dans votre mémoire ?

La rencontre d’une mère qui a perdu sa fille, assassinée par son conjoint. Elle m’a fait l’immense cadeau de témoigner de cette violence afin que je puisse la traduire dans mes romans et mettre en garde des lectrices qui pourraient aussi être en péril. Je lui voue une infinie gratitude.

Quel effet a la crise actuelle sur votre créativité ?

La crise a eu à ses débuts des effets sur ma concentration, mon esprit étant constamment tourné vers ces nouvelles bouleversantes qui se succédaient à un rythme étourdissant. Mais j’ai tenu dès mars un journal de la pandémie, car cette crise fera dorénavant partie de la vie des personnages que je mettrai en scène. Il y aura un avant et un après dont je devrai tenir compte, et si les moments forts de la crise seront dans toutes nos mémoires, je dois noter les détails du quotidien, les émotions que je prêterai ultérieurement à mes personnages.

Qu’est-ce qui vous procure du réconfort en ce moment ?

La lecture ! J’ai relu l’exceptionnel récit de Sue Hubbell Une année à la campagne, qui n’a pas pris une ride en plus de 30 ans, et, paradoxalement, des polars terrifiants, pour oublier l’ennemi insaisissable qui circule parmi nous. J’ai fait plus de desserts, mais surtout, j’ai mesuré ma grande chance d’avoir des amis avec qui partager mon trouble devant tant de chaos.

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