Kim Thúy, aussi exubérante qu’attachante

La vie est si complexe et s’aimer, c’est si simple. C’est le message qu’a voulu lancer Kim Thúy avec Em, son quatrième roman.

Photo : Carl Lessard

Ru, son premier roman, paru en 2009, a été une révélation : traduit en plus de 25 langues, il a remporté de nombreux prix et l’a instantanément consacrée comme l’un des plus grands noms de la littérature québécoise actuelle. L’amour du public à son endroit ne s’est jamais démenti depuis. Il faut dire qu’outre un style d’écriture unique, à la fois épuré et tendre, Kim Thúy a une personnalité aussi exubérante qu’attachante. Cet automne, elle publie Em (Libre Expression), son quatrième roman, où elle entremêle habilement des événements historiques et des thèmes qui lui sont chers, comme l’amour et l’humanisme.

Comment se déroule l’écriture de vos livres ?

J’écris très lentement. Je peaufine mes phrases en choisissant chaque mot avec une grande minutie. Pour mon roman le plus récent, Em, j’ai essayé un nouveau processus. J’ai partagé avec mon éditrice un fichier qu’elle pouvait consulter en temps réel. C’était plutôt particulier de savoir que quelqu’un regardait par-dessus mon épaule pendant que j’écrivais.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre création ? 

Il est toujours présent à mon esprit. Mon intention d’écriture, à la base, c’est de raconter l’histoire de quelqu’un à d’autres personnes. Présenter ce que j’ai lu, ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu : voilà pourquoi j’écris.

En commençant l’histoire, savez-vous comment elle se terminera ?

Je l’ignore tout au long du processus. À un certain moment, je me sens éjectée de l’histoire. C’est à cet instant précis que je sais que j’ai terminé mon roman. Je pensais au départ qu’Em serait le plus court de mes livres. Finalement, il est plus long que ce que j’avais prévu.

Quel genre de lectrice êtes-vous ?

Je lis peu de romans. J’adore parcourir le magazine The Economist d’une couverture à l’autre. Je suis aussi captivée par un article sur le prix du Big Mac que par le courrier des lecteurs. Je suis également touchée par les textes courts, comme les haïkus d’Hélène Leclerc, que je relis souvent.

Vous avez publié Le poisson et l’oiseau l’an dernier. Écrire pour les enfants est-il différent d’écrire pour les adultes ?

Quand je travaillais à ce livre, je n’avais pas l’impression d’écrire un livre pour enfants ! De toute façon, je ne sais pas comment écrire pour les enfants. J’avais cependant envie de raconter une histoire qui explique combien on a besoin des autres pour se comprendre. Et j’avais le goût de collaborer avec Rogé, un artiste que j’aime beaucoup.

Quel est le point de départ de votre dernier roman ?

Je me trouvais dans Little Tokyo, un quartier de New York, quand je suis tombée sur un livre de photos de personnes métissées d’origine à la fois africaine et asiatique. Je trouvais ces visages très beaux et j’ai voulu connaître l’origine de ce métissage si particulier. Plus je lisais, plus je découvrais des choses sur l’émigration vietnamienne. J’ai notamment appris que beaucoup de femmes vietnamiennes se sont mariées avec des hommes sénégalais. Là-bas, les rouleaux impériaux, c’est commun !

Vos recherches historiques ont-elles été importantes ?

Elles ont surtout été bouleversantes. Dans Em, je parle de l’opération Babylift, une évacuation massive qui a eu lieu en avril 1975 et qui a amené en Amérique des milliers d’enfants, pour la plupart orphelins, nés au Vietnam. Ces enfants ont ensuite été adoptés un peu partout dans le monde, y compris ici, au Canada. J’ai longtemps pensé que c’était un geste très généreux de la part des Américains, mais j’ai compris qu’un pan de cette histoire m’était inconnu. Et cette partie-là m’a chavirée.

Comment est née la couverture particulière du livre ?

Quand j’ai découvert le travail de Louis Boudreault, j’ai été complètement soufflée par ses créations. Nous nous sommes rencontrés à son atelier de Montréal, et il m’a gentiment proposé sa collaboration. Il a eu accès, comme mon éditrice, à mon manuscrit, et il a créé cette œuvre brodée qu’on trouve en couverture. Pour moi, la couverture est une œuvre, au même titre que le roman. Les deux sont indissociables.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs retiennent d’Em ?

Tout tient dans le titre, qui m’est venu pendant l’écriture d’un des derniers paragraphes du livre. En vietnamien, ce mot désigne le petit frère ou la petite sœur dans une famille, ou encore une amoureuse. Et puis, prononcé en français, c’est un ordre : aime. C’est d’ailleurs le message que je désirais lancer aux lecteurs : aimons-nous ! La vie est si complexe et s’aimer, c’est si simple.

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