Les détours d’Emily St. John Mandel

Après avoir connu un succès planétaire en 2017 avec Station Eleven, l’auteure native de la Colombie-Britannique est de retour avec L’hôtel de verre, dans lequel on retrouve avec bonheur sa plume efficace et ensorcelante. Entrevue.

Photo : Sarah Shatz

Elle a connu un succès planétaire en 2017 avec Station Eleven, roman se déroulant sur fond de pandémie, qui a été traduit en 33 langues et qui a reçu de prestigieuses distinctions, dont le Prix des libraires au Québec et le prix Arthur-C.-Clarke au Royaume-Uni. Elle est de retour avec L’hôtel de verre (Alto), dans lequel on retrouve avec bonheur la plume efficace et ensorcelante de cette auteure native de la Colombie-Britannique. Suivant plusieurs lignes narratives, ses détours deviennent des boulevards, et ses ruelles, des voies de navigation achalandées où l’on croise de nombreux personnages, tous impossibles à oublier.

Où écrivez-vous ?

J’ai une enfant de cinq ans qui est restée à la maison cette année, alors la vérité, c’est que j’écris lorsque j’ai une gardienne. Je m’estime chanceuse, car nous en partageons une avec une autre famille. Quelqu’un peut donc s’occuper de mon enfant la plupart des journées. Ainsi, durant le jour, j’écris dans mon bureau, et le soir, quand ma fille est couchée, je continue à travailler, cette fois installée dans la cuisine.

Comment écrivez-vous ?

Je plonge d’abord, et je règle les détails ensuite. Après une première version complète, je mène plusieurs recherches afin d’achever le livre.

Quelle place occupe le lecteur dans votre processus d’écriture ?

Il est présent, mais pas dans le sens où j’essaie absolument de lui plaire. Je pense que ça me paralyserait ! En fait, je ne crois pas qu’un livre puisse être apprécié de tous. J’ai donc mon lecteur à l’esprit en m’assurant, pendant le travail d’écriture, qu’il n’y a pas de confusion entre les nombreux points de vue proposés, mais aussi dans la structure particulière de mes romans.

L’hôtel de verre est très différent de Station Eleven, votre roman précédent. Lequel était le plus difficile à écrire ?

L’hôtel de verre était beaucoup plus ardu ! Il y a eu un avant et un après-Station Eleven. Même si j’avais déjà publié trois livres, j’étais connue surtout en France et aucun lecteur anglophone n’attendait ma prochaine parution. Après le succès du roman, j’ai ressenti le poids du risque de décevoir ; c’était comme si un public invisible observait attentivement l’objet de mon travail. Il s’agissait d’une sensation que je n’avais jamais éprouvée auparavant. Je crois que cette pression a ralenti un peu la cadence de mon écriture. Mais c’est un beau problème !

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

C’est d’accepter que la première mouture d’un texte puisse être terrible. J’ai trouvé cette idée très aidante. Dans la même veine, on m’a déjà dit de ne pas comparer mon travail en cours d’édition à une œuvre publiée, parce qu’en fait, on associe une version préliminaire à quelque chose d’abouti. C’est facile de se décourager quand on relit l’ébauche de notre roman en pensant à notre bouquin préféré !

Quelle a été l’idée de départ pour L’hôtel de verre ?

J’étais fascinée par l’escroquerie de type pyramide de Ponzi de l’homme d’affaires Bernie Madoff, arrêté à New York en 2008. L’ampleur du crime commis était stupéfiante et m’a beaucoup inspirée. Depuis longtemps, j’avais aussi envie d’écrire une histoire de fantômes. C’est l’union improbable de ces deux idées qui a mené à la naissance de L’hôtel de verre

Vos romans regorgent de personnages. Pourquoi ?

Je trouve que les points de vue variés peuvent être une façon intéressante de raconter une histoire. Cela permet d’offrir différentes perspectives autour de l’intrigue, ce qui ajoute à la richesse du propos, à mon avis.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail d’auteure ?

C’est le moment du peaufinage de la première version. J’apprécie aussi la révision du roman, lorsqu’on tente d’améliorer l’histoire à chaque étape du processus.

Le bonheur parfait pour un auteur, c’est quoi ?

C’est d’apprendre que Barack Obama a lu et aimé L’hôtel de verre.

Que se passe-t-il quand vous voyez la couverture de vos livres pour la première fois ?

Beaucoup de lecteurs ignorent que la conception des couvertures est surtout une décision commerciale. Je n’ai jamais participé à leur création, mais j’ai toujours eu la possibilité de les refuser, ce que j’ai fait à quelques reprises. Des éditeurs ont déjà proposé de mettre des filles sexy sur une des couvertures, alors que le contexte du livre ne s’y prêtait absolument pas. Et parfois, je les trouvais juste banales. Mais la plupart du temps, ce que mon éditeur me suggère me ravit.

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