Autobiographies de deux indignés

Le 21e siècle sera écologique ou ne sera pas, affirme Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la fondation David Suzuki. Bien qu’il paraphrase André Malraux, c’est plutôt dans l’œuvre d’Albert Camus que ce jeune environnementaliste trouve les racines de son engagement. Une petite phrase de La peste l’inspire particulièrement : « Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance. »

Nous, les êtres humains occupant actuellement la terre, appartenons à la dernière génération qui a encore le pouvoir d’inver­ser la tendance actuelle au dérèglement irrémédiable du climat, à la dévastation des océans et à la disparition de plus de 50 % des espèces vivantes, rappelle-t-il.

Dans ce récit autobiographique, Karel Mayrand raconte son parcours de militant au fil des portraits de sept « visionnaires » qu’il a eu la chance de rencontrer. Laure Waridel, Pierre Marc Johnson – dont il fut l’assistant de recherche et à qui il rend un bel hommage -, Oscar Arias, Al Gore et David Suzuki sont du nombre.

Pour briser le mur de l’indifférence auquel se heurtent ceux qui ont conscience de l’urgence d’éviter la destruction des écosystèmes et le pillage des ressources, May­rand prône la fondation d’un « nouveau mouvement d’objecteurs de conscience » et invite à recourir au besoin à la « désobéissance civile ». Il faut croire que cette idée est dans l’air…

Ce mouvement est déjà en marche, croit-il. Il couve depuis longtemps. Et ce mur de l’indifférence pourrait tomber plus rapidement qu’on ne le pense. « En cinq semaines, en 1989, le rideau de fer, en place depuis 40 ans, est tombé comme un château de cartes », observe l’auteur.

Bien avant Karel Mayrand, Serge Mongeau militait contre la destruction de l’environnement, pour la paix et pour la décroissance économique. Né en 1937, ce médecin « défroqué », longtemps promoteur du concept de « simplicité volontaire », raconte ses 30 dernières années dans le deuxième tome de son autobiographie (le premier avait paru en 2005).

Fidèle à ses convictions, cet infatigable militant n’aura poursuivi toute sa vie qu’un seul objectif, celui de « faire en sorte que, collectivement, nous prenions conscience de la nécessité de réorganiser notre société pour que tous puissent y vivre de façon décente aujourd’hui comme demain ». En plus de publier des dizaines de livres, souvent très critiques à l’endroit du milieu médical, et d’être de toutes les batailles, dont celle contre le port méthanier de Rabaska, Serge Mongeau a trouvé le moyen de créer, il y a 20 ans, une maison d’édition (Écosociété), qui occupe un créneau essentiel dans le paysage des idées au Québec. Toujours très actif, il continue de militer et se dit « heureux, mais pas content »…

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Une voix pour la Terre : Comment je me suis engagé pour notre planète, par Karel Mayrand, Boréal, 280 p., 24,95 $.

Heureux, mais pas content : Autobiographie (1979-2011), par Serge Mongeau, Écosociété, 212 p., 24 $.

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Dans les coulisses d’Apple

 

Des centaines de milliers de personnes ont dévoré la biographie de Steve Jobs parue l’année dernière. Ces mêmes lecteurs seront probablement tout aussi intéressés par ce livre que le journaliste du magazine Fortune Adam Lashinsky consacre non pas au fondateur d’Apple, mais bien à l’entreprise elle-même. Le journaliste révèle l’« ADN organisationnel d’Apple » (selon les mots de Bruno Guglielminetti, qui signe la préface) et démontre en quoi les méthodes de gestion de la célèbre entreprise remettent en question les théories enseignées dans les écoles d’administration.

 

Au cœur d’Apple : Dans les coulisses de l’entreprise la plus secrète au monde, par Adam Lashinsky. Éditions de l’Homme, 232 p., 24,95 $.