Bernard Adamus, le blues en brun

Vite regardé, il ressemble à Michel Côté qui se prendrait pour Jim Corcoran. Côté poétique, Bernard Adamus navigue, façon Plume, entre trivialité (« Un jour il fera beau dans mon bol de toilette ») et métaphore (« Ton rire comme un buffet chinois / Ton corps un all you can eat su l’top de l’Himalaya »). Lancé à l’automne 2009, son disque, Brun, a coloré le paysage musical : du blues qui déchire, une pincée de country et des ballades à vous arracher le cœur à la petite cuillère. Né en Pologne, mais Montréalais par tous les pores, le gagnant des Francouvertes 2010 croît à grande vitesse. Dix mots pour le dire.

Lancé à l’automne 2009, le disque <em>Brun</em> de Bernard Adamus a coloré le pa
Photo : Jocelyn Michel

Mère. Maman est une guerrière qui a quitté la Pologne au moment de la montée de Solidarnosc, avec ses deux garçons (dont moi, trois ans), deux valises et l’équivalent de deux dollars. Longtemps, elle a été inquiète pour moi ; aujour­d’hui, ça la rassure de voir ma face un peu partout.

Blues. J’étais encore un ti-cul quand mon frère m’a fait écouter un disque de Big Mama Thornton, qui m’a complètement remué. Avec ma première guitare, vers 11 ans, je me suis naturellement tourné vers le blues. J’ai mis un certain temps à assumer sur la place publique cette « musique de sensible », mes amis musiciens jouant du métal ou du rap.

Sapins. Pendant plusieurs années, j’ai vendu des sapins à New York ; la dernière fois, je suis revenu à Montréal avec 16 000 dollars en poche et j’ai été sur le 220 pendant une semaine ! Pour gagner ma vie, j’ai aussi fait de la rénovation, transporté des décors de cinéma, livré le journal Voir pendant 10 ans.

Brun. Je porte beaucoup de vêtements bruns ; longtemps, j’ai collectionné des mor­ceaux de métal rouillé que je mettais sur les murs… Partie d’une blague, commencée sur le coin d’une table, « Brun (la couleur de l’amour) » est la première chanson que j’ai écrite.

Brosses. Beaucoup ! Heu­reusement que j’ai ma fille [Éva, huit ans] pour me ramener sur terre une semaine sur deux. C’est sûr que la bière inspire plus que le brocoli. Dans les bars où je me pro­duis, c’est la grosse foire ; à minuit, le barman cherche de l’aide.

Piaf. La petite madame m’a toujours impressionné, avec sa grosse voix et son destin pas possible. J’ai gossé sur quelques tounes, m’en suis mis quelques-unes en bouche. Puis, j’ai enregistré « La foule », qui marche très bien en spectacle. J’ai l’inten­tion d’en essayer d’autres, « Milord » par exemple.

Femmes. Sans elles, le monde serait impossible, elles rendent les hommes meilleurs. Mais depuis que je fais de la musique, je pogne moins, la scène doit établir une distance. Il y a des groupies, mais quand c’est trop facile, je recule, car j’ai besoin de conquérir.

Engagement. Je suis un idéaliste convaincu que les 1 000 plus grandes entreprises de cette terre pourraient changer la couleur de la planète, mais les hauts dirigeants sont tellement de mauvaise foi qu’ils ne méritent même pas cinq cennes de mon attention.

Français. Je mange, je vis, j’aime en français, je ne saurais pas écrire dans une autre langue sans me sentir bidon, poseur. Et puis, du blues en anglais, ce n’est pas ça qui manque !

Défi. J’ai relevé le principal : sortir un disque avec mon nom écrit dessus. Le prochain grand challenge sera d’en écrire un deuxième. Mais le défi présent, c’est la tournée de 45 spectacles – un vrai plaisir, sans l’angoisse de devoir me trouver des petits boulots pour assurer mon existence. Peu importe le temps que ça va durer, j’aurai vécu ça au moins une fois dans ma vie !

Festival de la chanson de Tadoussac (scène Hydro-Québec les 11 et 12 juin, 418 235-2002) ;
FrancoFolies de Montréal (L’Astral les 16 et 17 juin, 514 790-1111).
Pour connaître toutes les dates : www.bernardadamus.com

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