Bête de cirque

La compagnie québécoise Les 7 doigts de la main nous a habitués à des spectacles où le souci de faire vibrer la corde sensible du spectateur est plus important que la prouesse physique. Avec Réversible, on a même intégré des chansons d’Aznavour!

Un extrait du spectacle Réversible. (Photo: Marie-Reine Mattera)
Un extrait du spectacle Réversible. (Photo: Marie-Reine Mattera)

Depuis bientôt 15 ans, la compagnie québécoise Les 7 doigts de la main crée des spectacles où la prouesse physique a de l’importance, mais où le souci de faire vibrer la corde sensible du spectateur en a encore plus. Entretien avec Gypsy Snider, cofondatrice de la troupe et metteuse en scène de Réversible, sa nouvelle création.

L’image était marquante: sept acrobates en tenue sexy sortant d’un frigo, entre les fruits et légumes et le litre de lait. C’était en 2002. L’affiche de Loft, le premier spectacle des 7 doigts de la main, donnait le la d’une compagnie qui entraîne depuis le spectateur non pas dans des mondes fantasmés, manière Cirque du Soleil, mais dans un univers où le fabuleux naît de l’ordinaire. «Par exemple, explique Gypsy Snider, j’adore placer un numéro de jonglerie dans un environnement très terre à terre. Ça lui donne une portée particulière. En fait, mes complices et moi voyons le cirque comme un outil pour montrer l’extraordinaire en chaque être humain.»

Gypsy Snider (Photo: Marie-Reine Mattera pour L’actualité)
Gypsy Snider (Photo: Marie-Reine Mattera pour L’actualité)

Une douzaine de productions plus tard, sans compter de multiples collaborations (dont des contributions remarquées aux festivités des Jeux olympiques de Turin, Vancouver et Sotchi), Les 7 doigts continuent d’explorer ce qu’il y a derrière les apparences, comme en témoigne leur nouvelle proposition, Réversible. Grâce à un décor fait de murs amovibles, comme autant d’ouvertures à même l’environnement quotidien, le spectateur aura accès à des mondes cachés, plus intimes, où on creusera les notions d’origine et de filiation.

Pour créer leurs personnages, Gypsy Snider a en effet invité les artistes à remonter dans leur passé familial. «Nous nous sommes basés sur l’histoire des grands-parents et arrière-grands-parents des acrobates. Pendant plusieurs mois, ils ont posé des questions à leurs proches, fouillé des albums de photos… Ils sont revenus vers moi avec des histoires d’amour incroyables, des récits liés à la Deuxième Guerre mondiale; il y en a qui se sont découvert des origines juives insoupçonnées… Il y a même une des membres de la troupe qui a appris qu’elle avait une artiste de cirque dans sa famille! Nous avons ri, nous avons pleuré. Ça nous a donné une matière première très riche.»

Gypsy Snider, aujourd’hui dans la quarantaine, a d’ailleurs pu confirmer une intuition qu’elle avait dès le départ: «J’ai mesuré à quel point cette génération, celle des jeunes qui sont actuellement dans la vingtaine, est déracinée. Elle est allumée, talentueuse, dynamique, mais assez coupée de son histoire. Dans notre petite bande, plusieurs ont pris conscience que de regarder derrière pouvait les aider ensuite à avancer dans leur vie.»

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      Réversible intègre des chansons d’Aznavour, des airs d’accordéon, des costumes (signés Geneviève Bouchard) inspirés de photos remontant jusqu’aux années 1930… Et si la metteuse en scène tient à rappeler qu’on n’est pas non plus au théâtre, qu’il n’y a pas de fil narratif s’étirant du début à la fin, elle soutient que les acrobaties donnent corps à des enjeux personnels, à la quête de personnages aux prises avec leurs peurs, les règles de la société, leur besoin de donner un sens à leur existence.

      Donner un sens, voilà bien ce qui anime Les 7 doigts de la main, pour qui ne contribuer qu’à l’industrie du divertissement n’en aurait pas, de sens. «On ne cherche pas d’abord à avoir des spectacles en tournée partout, à Las Vegas ou ailleurs. On est ravis que les spectacles circulent et aient du succès, mais les sept fondateurs ont le même objectif depuis le jour un: refuser la recette, surprendre et se laisser surprendre. Notre philosophie, ce n’est pas de devenir gros, c’est de grandir.»

      (Du 16 novembre au 30 décembre à la Tohu)