Biz, du rap aux abysses

Depuis 10 ans, c’est à l’écriture romanesque que l’ancien membre de Loco Locass consacre le plus clair de son temps. Et tant pour les lecteurs que pour les critiques littéraires, il manie les mots aussi brillamment en prose qu’en chanson.

Loco Locass a marqué si durablement la musique québécoise que Biz sera probablement toujours connu d’abord comme l’une de ses voix. Pourtant, son plus récent roman, Les abysses (Leméac), raconte l’histoire d’un père, détenu à la prison à sécurité maximale de Port-Cartier, et de sa fille, libre physiquement, mais prisonnière intérieurement d’un secret que le lecteur ne connaîtra qu’à la toute dernière ligne…

Où et quand écrivez-vous ?

Le plus souvent chez moi, devant la porte-patio qui donne sur la cour. Depuis que j’ai des enfants, j’écris généralement quand ils sont à l’école. Mais si l’inspiration frappe, je peux me mettre au travail à toute heure.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Je travaille le style et la structure avant tout. Bien sûr, il me faut une histoire, mais je bûche surtout sur la façon de la raconter. Dans mon dernier roman, je raconte l’histoire en commençant par la fin. C’est un procédé qui n’a rien de nouveau, mais qui permet du mystère et qui déstabilise le lecteur dans son appréciation des personnages.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

Les lecteurs (je devrais dire les lectrices, car la majorité de mon lectorat est féminin) sont comme un horizon quand j’écris. C’est une destination finale, qui me guide dans mon trajet d’écriture, mais dont je ne tiens pas compte en manœuvrant au quotidien. Je n’ai qu’une seule préoccupation par rapport au lecteur : ne pas l’emmerder.

Quels points communs y a-t-il entre l’œuvre de Biz le rappeur et celle de Biz le romancier ?

Même si le rap relève du sprint et que le roman est marathon, les deux demeurent de la course. Il y a une exigence d’écriture dans les deux genres, et je prends beaucoup de temps pour trouver le mot juste. Je dirais aussi que je porte attention au son des mots, même en prose. C’est important que les mots sonnent, qu’ils s’enchaînent bien et que le rythme des phrases soit bon.

Écrire un septième roman, est-ce plus facile qu’en écrire un premier ?

Le métier commence à rentrer. Je suis plus à l’aise avec la structure et les codes narratifs. J’ai aussi acquis une confiance, qui nourrit ma motivation et mon ambition. Par contre, il y a danger de se répéter. Je dois sans cesse innover avec les procédés narratifs et les structures. Ça, c’est plus dur qu’au début.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Et le pire ? Les avez-vous suivis ?

Quand il corrigeait Dérives (mon premier livre), mon éditeur, Jean Barbe, m’a dit d’arrêter de faire du rap. C’est vrai que j’avais tendance à abuser des allitérations ! Je me suis calmé depuis. En 5e année, mon prof de français m’avait interdit de faire des phrases sans verbe. Chaque fois que j’en écris une, je pense à lui…

De vos contacts avec vos lecteurs, quel moment est resté particulièrement gravé dans votre mémoire ?

Je vais toujours me souvenir de ma rencontre avec Louis-Philippe, un père de famille qui a oublié son enfant dans son auto, exactement comme dans mon roman Naufrage. Il m’a dit que la lecture du livre l’avait aidé à reconstituer le fil de sa tragédie.

Dans votre carrière, de quelle réalisation êtes-vous le plus fier ?

Je suis fier de tous mes romans et de mon livre jeunesse, C’est Flavie. Chaque livre publié est arraché au néant. Chez moi, j’ai une tablette réservée à mes livres. C’est toujours une grande réalisation d’en ajouter un nouveau. À 10 livres, je considérerai que j’aurai une œuvre.

Comment s’est passée la création de votre dernier livre, Les abysses ?

Cet hiver, j’étais coincé, l’intrigue ne fonctionnait pas et j’ai pensé tout arrêter. En discutant avec la fille d’un ami, elle m’a fourni la clé qui a tout débloqué. Après l’écriture, j’ai consulté beaucoup de spécialistes (avocats, procureurs, inspecteur carcéral, chasseur) pour assurer la vraisemblance de l’histoire.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs en retiennent ?

C’est un roman policier qui explore l’intensité de l’amour entre un père et sa fille. J’ai aussi exploré le thème du jugement. Je trouve qu’on a le jugement facile sur les réseaux sociaux. En commençant par la fin, l’histoire permettra au lecteur de porter trois jugements différents sur les personnages, jusqu’à la révélation de la vérité à la dernière ligne.

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