Björk et le sexisme dans l’industrie de la musique

L’artiste islandaise s’est livrée à une attaque en règle contre le sexisme auquel elle s’est heurtée au cours de sa carrière — un coup de pique révélateur du malaise de plusieurs générations d’artistes féminines.

volta
Pochette de l’album Volta, de Björk (photo de Nick Knight). L’œuvre est présentée au MoMA, qui consacre une expo à l’artiste islandaise.

Les premiers mois de l’année ont été mouvementés pour l’artiste islandaise Björk. D’abord, un excellent album, Vulnicura, qui « fuite » sur Internet trois mois avant son lancement, suivi d’une exposition (moins réussie) consacrée à sa personne au MoMA, à New York, et enfin une tranchante sortie qui a fait couler beaucoup d’encre : dans le site Pitchfork, l’artiste s’est livrée à une attaque en règle contre le sexisme auquel elle s’est heurtée au cours de sa carrière, un coup de pique révélateur du malaise de plusieurs générations d’artistes féminines.

Elle montre en particulier du doigt la chape de plomb qui pèse sur les productrices, et le mérite systématiquement attribué aux hommes qui les entourent, quand bien même le générique du disque indique le contraire. C’est comme si on admettait qu’une femme puisse chanter et jouer du piano, mais pas composer seule de la musique électronique.

L’artiste Grimes, qui connaît un succès croissant — elle a remporté le Juno du meilleur album électronique en 2013 pour son disque Visions —, prend le relais dans son blogue : « J’en ai assez des hommes qui ne sont même pas des professionnels ou des musiciens accomplis, mais qui proposent sans cesse de m’aider, comme si je m’étais retrouvée là par accident ou que le fait que je sois une femme m’empêche d’utiliser toute technologie. » Crise d’égo ? Plutôt l’expression d’une certaine lassitude de la part de la Montréalaise d’adoption.

La représentation famélique des femmes dans la programmation de certains festivals est parlante. Il y a peu, celle des principaux festivals de musique électronique nord-américains était passée au crible par le site spécialisé Thump. On y révélait une disproportion criante entre la présence féminine et masculine sur scène : de 2,7 % de femmes pour l’Electric Daisy Carnival à 9,6 % pour Mutek, de Montréal, en tête de liste.

Difficile de plaider la cécité. Les artistes féminines sont à la fois au four et au moulin, femmes-orchestres, chanteuses, compositrices, interprètes, productrices (ouf !). Accordons-leur-en le mérite.

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