BONJOUR / La rentrée et les Biches Pensives

À chaque rentrée, c’est la même chose: l’enthousiasme suivi du vertige. L’abondance étourdit, décourage le mieux intentionné: un nouveau groupe par jour, dix films qui prennent l’affiche en même temps, des expos qui s’empilent jusqu’à s’enterrer les unes les autres, des concerts et des pièces de théâtre à en faire péter les coutures du calendrier, des événements encore plus «mégasensationnels» que ceux d’hier.

Devant le déluge des propositions, on a le choix; abdiquer et se terrer chez soi, ou prendre des résolutions (qu’on ne tiendra pas!): aller vers les spectacles qui n’ont pas les moyens de s’offrir des annonces dans les journaux, qui ne peuvent pas se payer un metteur en scène passé par le Cirque du Soleil ou une équipe de relations de presse à grande gueule. Se rappeler que le tape-à-l’oreille et le tape-à-l’œil contredisent en général la passion, l’urgence, les pensées fraîches. Alors, plus souvent qu’autrement, plutôt que les chemins balisés, choisissons les petites routes, quitte à cahoter un peu.

Par exemple: Nous sommes faits (comme des rats), plus que trois représentations encore. Cinq monologues de cinq auteurs, inspirés par des faits divers québécois. Forcément les écritures sont inégales et les univers d’intérêts divers. Mais chaque morceau a juste assez de suc pour retenir l’attention, même si deux textes se démarquent: ceux de Gilles Poulin-Denis – la police recherche un jeune homme, disparu depuis 17 jours, dont on a retrouvé la voiture dans le stationnement d’un centre commercial où il était venu postuler pour un poste de lutin de Noël –  et de Catherine Dorion – «engagé dans un combat judiciaire contre la Banque Nationale, un homme veut vendre son rein pour payer ses frais d’avocat» –, respectivement défendus, et avec brio, par Sébastien René et Hubert Lemire.

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Quelques cubes en guise de décor, un panneau lumineux en guise d’accessoire, et pourtant un monde est créé. Deuxième production des Biches Pensives, le spectacle, avec beaucoup de débrouillardise et très peu d’argent, se tient dans un lieu pas idéal, mais inattendu – le café-bar de la Cinémathèque québécoise –, et révèle, à la mise en scène, le talent d’Alexia Burgër qu’il faudra surveiller.

Nous sommes faits (comme des rats), Cinémathèque québécoise, à Montréal, du 8 au 10 sept., 514 842-1903.


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