Boo, de Neil Smith: un roman à part

Dans Boo, le narrateur est un ado abattu à l’école par un tireur fou.

Boo
Boo, par Neil Smith, Alto, 400 p.

Les représentations littéraires de l’au-delà ne datent pas d’hier. Elles remontent au moins à Homère. Si les plus récentes d’entre elles évitent l’épineuse question du rôle qu’y tient Dieu, aucune n’échappe à l’implacable déterminisme du purgatoire : avant d’accéder au paradis, les âmes sont condamnées à régler les problèmes terrestres restés en suspens, dans un décor qui ressemble curieusement à celui des vivants.

C’était le cas, notamment, dans La nostalgie de l’ange, d’Alice Sebold (J’ai lu), où une adolescente assassinée suivait l’enquête sur sa mort depuis un « ciel » calqué sur son école secondaire. Ce l’est aussi dans le dernier roman d’Élise Turcotte, Le parfum de la tubéreuse (Alto), où une défunte prof de littérature tente d’éveiller ses élèves fantômes aux pouvoirs enivrants et séditieux des mots, dans un bunker auquel la poésie fait cruellement défaut.

Difficile de ne pas avoir ces romans à l’esprit quand on lit Boo, du Montréalais Neil Smith, dont le narrateur est un ado abattu à l’école par un tireur fou. En passant de l’autre côté, il échoue dans un village peuplé exclusivement de jeunes morts à l’âge de 13 ans, dont un camarade de classe soupçonné d’être son meurtrier. Cette cohorte d’âmes en peine a sa hiérarchie, les anciens veillant sur les nouveaux arrivants et exerçant sur eux leur autorité, leur jugement, selon la loi du talion. Jamais aussi brutalement que sur terre, toutefois, où Boo était intimidé à cause de sa pâleur spectrale, de son caractère antisocial et de son obsession compulsive à réciter le tableau périodique.

Neil Smith, qui doit aussi avoir un petit côté obsessionnel, met un soin maniaque à imaginer le purgatoire dans ses moindres détails : régime végétarien, dentifrice au bicarbonate de soude, blessures qui se réparent toutes seules, bâtiments utilitaires qui portent les noms de héros de romans jeunesse… Tous ces éléments, chimiques ou non, entrent en réaction avec les personnages et entraînent des transformations inédites, ce qui fait de Boo un roman à part, déstabilisant d’irréalité, où notre héros découvrira, à défaut de spiritualité, le pouvoir rédempteur de l’amitié. 

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