Bruno Marcil dans Les femmes savantes

Photo : Jocelyn Michel
«Ça m’énerve quand les comédiens disent qu’ils exercent leur métier par besoin d’amour. On passe pour des petites choses fragiles.» Bruno Marcil ne manque pas d’amour?: une blonde, deux filles, un paquet d’amis «plus connus que moi». Composé de bois tendre, de bonne humeur et de poésie, il fait l’acteur pour s’amuser, comme un enfant court après l’horizon.

On a applaudi ses diverses métamorphoses?: capitaine Nemo, Uncle Benz, Gérard de Nerval, champion de quilles, Italien macho, cuistot arabo-québécois, chef tombeur des réclames absurdes de Plaisirs gastronomiques. Il résume son «plan de carrière»?: «Je suis un interprète, j’attends qu’on me choisisse.»

Le metteur en scène Denis Marleau le choisit pour la troisième fois. Après le «pissou» Roderigo dans Othello et l’agressif duc de Cornouailles dans L’histoire du roi Lear, voici Marcil en Ariste, seul être doté de bon sens dans Les femmes savantes, pièce de Molière qui, transposée dans les années 1950, a fait sensation l’été dernier à Grignan, en France. «J’ai besoin d’être dirigé, sinon je suis un cheval fou qui en met trop.» Vaut mieux mater un pur-sang que fouetter un canasson?!

«Plus jeune, je me sentais comme une coquille vide.» Pour acquérir de la substance, il s’offre un bac en philo (UQAM). «J’étais trop homme d’action pour trouver du plaisir à parler de phénoménologie du langage.» Mais lire Platon, Socrate, Aristote l’a outillé pour jongler avec les idées.

Avec ses idées, il cisèle des chansons. Auteur-compositeur-interprète, il a déjà écrit les trois quarts de son prochain album, qu’il annonce moins folk et plus dépouillé que le premier, Pas dormir (2007).

Il dit?: «La logique m’échappe.» On le croit?: son grand sac à dos, qu’on lui demande d’ouvrir pour en évaluer le contenu, ne renferme qu’un minuscule carnet de notes. Il rit, comme il rit du message trouvé dans un biscuit chinois?: «Le silence prote conseil.» La veille de notre rencontre, il ne riait pas?: il s’était exercé à lire sans pleurer — et sans réussir — le texte que son père avait préparé pour sa conjointe décédée, que Bruno devait dire à sa place aux funérailles.

Marcil, qui vient d’avoir 40 ans, cherche moins la gloire que les aventures qui le soulèvent de terre. On le reverra en fin de saison théâtrale, cette fois «dompté» par René Richard Cyr, dans l’adaptation musicale de Sainte Carmen de la Main, de Michel Tremblay.

Les femmes savantes, Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, du 2 au 27 oct., 514 866-8668. En tournée au Québec du 13 nov. au 11 déc.