Ça sent le culte

Ils me font sourire, les réalisateurs qui, main sur le cœur, parlent de la salle de cinéma comme d’un lieu de culte et de recueillement. Pas sûr qu’ils auraient dit la même chose l’autre jour au Clap, à Sainte-Foy, où l’on a dû évacuer le public 20 minutes avant la fin de La peau que j’habite, d’Almodóvar, parce que les spectateurs des premiers rangs avaient les pieds dans la m… Refoulement d’égout dans un complexe à la programmation nickel, mais aux fondations en ruine et aux salles d’autant plus nombreuses qu’elles sont naines, équipées d’écrans moins grands que celui de mon téléviseur.

Dans les festivals où ils présentent leurs films, les réalisateurs bénéficient des meilleures conditions. Dans la réalité, les salles sont parfois vétustes, les copies floues, l’image sous-exposée, la toile sale, les sous-titres trop bas, le volume trop élevé, le tunnel de pubs très dense, le voisin si proche. Quand l’art se frotte au commerce (même eXcentris vend désormais maïs et sucreries), les films passent après les aires de restauration.

Difficile d’aimer son prochain quand il mange des nachos à deux pouces de votre nez ou envoie frénétiquement des textos durant la projection. Alors, parfois, au risque de faire de la pépeine aux réalisateurs, on éteint les lumières de son salon et, les deux pieds sur le pouf, on se sert un DVD. La séance se prête peut-être moins bien au culte et au recueillement, mais on peut choisir ses voisins de canapé.

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