Cas de farce majeure

Dominique Michel apprécie son esprit de dérision acide. Elle possède un punch à mettre K.O. les gros machos. Cathy Gauthier, 31 ans, énergie fouettante: «Je suis une rockeuse, j’aime quand ça fesse.» Cela a brassé avec le spectacle, 100% vache folle, présenté 170 fois. Son terrain de jeu: les relations entre les hommes et les femmes. Sur ces espèces si différentes, elle dit tout ce qui lui passe par la tête, y compris ce que l’on n’a pas forcément envie d’entendre. Mais on est à la fête si on ne cherche pas de l’humour trop classe.

Pourquoi y a-t-il si peu de femmes qui réussissent en humour?
— Il n’y a pas mille explications, c’est que leur humour est plat.

Le vôtre est assez viril.
— Dans les bars où j’ai commencé, j’ai vite appris à faire fermer la gueule aux hommes, qui me criaient: «Enlève ton top!», en leur envoyant des répliques si crues qu’ils figeaient sur place. Mais ce que je fais sur scène est moins trash.

Ce n’est pas non plus grand public.
— Tout le monde n’aime pas Céline Dion, normal que tout le monde n’aime pas mes «jokes de graines». L’humour, c’est mon armure pour affronter la vie. Aujourd’hui, y a personne qui m’écœure.

Il semble que ce soit le propriétaire du bar où vous travailliez comme serveuse qui a fait venir la documentation de l’École nationale de l’humour et qui vous a dit: «Va au bout de tes rêves.»
— Ce n’était pas de devenir humoriste qui me semblait impossible à réaliser, c’était de déménager à Montréal. Je viens du fond d’un rang pas asphalté de Rouyn-Noranda, je n’avais jamais vu un building de ma vie. Maintenant, je trouve que Montréal c’est un gros village.

Enfant, étiez-vous déjà comique?
— Rousse et laide, j’avais l’air de la fille de Réjean dans La petite vie. Je n’avais pas le choix d’être drôle. J’apprenais par cœur les blagues que Claude Blanchard écrivait dans le Lundi et je les racontais à mes professeurs. Je ne me tenais pas avec les enfants de mon âge: le ballon chasseur, je trouvais ça niaiseux. Moi je voulais devenir grande pour pouvoir jaser et boire du café. J’ai pas mal atteint mon objectif.

Votre «ouverture d’esprit» – appelons ça comme ça – facilite-t-elle vos rapports avec les hommes?
— Je suis la fille qui poigne le moins au Canada! Les hommes ne font pas la distinction entre mon personnage et moi. C’est vrai que dans la vie, je suis folle, angoissée et complexée, mais je suis capable de faire le souper et de partir une petite brassée de blanc.

Votre êtes l’instigatrice de la nouvelle comédie télévisée Roxy.
— J’ai créé l’histoire, les personnages, les situations; Jean-François Léger et Jean Pelletier écrivent les textes. Une fille d’un petit village débarque en ville en quête de son prince charmant. Cela vous rappelle quelqu’un? J’ai placé l’intrigue dans un bar. Ça ne pouvait pas se passer dans un bureau, je n’ai pas le doigté d’une secrétaire!

L’humour de l’émission conviendra-t-il à toutes les oreilles?
— Quand ma mère [en réalité sa grand-mère, car Cathy a été élevée par ses grands-parents] m’a vue pour la première fois en spectacle, elle a dit: «Ma fille est tombée dans la drogue!» Là, elle pourra regarder l’émission et rire sans avoir honte.

Roxy, à l’antenne de Radio-Canada, dès le 9 sept. à 21 h. Sortie du DVD 100% vache folle le 23 sept.

Le gars de Québec
Il a 35 ans, une femme, deux enfants, une maison et… un blogue pour se défouler. En mars 2007, à la veille de l’élection générale québécoise, il écrit: «Je suis citoyen d’un pays travesti en province, endormi, sclérosé, kapout, qui élève l’ignorance et la bêtise au chapitre des vertus.» Il précise aujourd’hui: «Je ne suis ni un enragé, ni une grande gueule, mais j’ai à cœur la santé collective de ma communauté.» Fier résidant de Québec, il en loue la qualité de vie, ce qui ne l’empêche pas d’étriller certains de ses concitoyens qu’il juge un rien conservateurs.

Hugues Frenette est peut-être le meilleur comédien de sa génération. Son jeu tient de l’horlogerie suisse et du cerf-volant. Il peut tout incarner: un monstre, un garçonnet, un intellectuel bourgeois comme Hugo dans Les mains sales, de Jean-Paul Sartre, grâce auquel il a remporté l’an dernier, à Montréal, le Masque de l’interprétation masculine. Depuis, il s’est attaqué à une montagne: Cyrano de Bergerac, 1 400 vers à lui seul. Et la critique s’est pâmée. Après l’avoir vu dans ce personnage plus grand que nature, un ami lui a dit: «Le spectacle m’a donné envie de reconquérir ma blonde.» De l’utilité du théâtre.

Le comédien mène à Québec – on rappelle qu’il ne s’y tourne pas de fiction télévisée ni vraiment de cinéma –, une carrière essentiellement théâtrale. «Je comble sur scène l’ensemble de mes ambitions artistiques.» Quand il sort du Conservatoire d’art dramatique en 1996, l’avenir a grise mine. «La Bordée est sur le point de fermer, le Trident se cherche une direction artistique et le Périscope, une vocation.» Hugues part montrer à Montréal ce qu’il sait faire (Trainspotting au Théâtre de Quat’Sous, Les mains bleues au Théâtre d’Aujourd’hui). Il aurait pu construire sa vie et sa gloire dans la métropole, il choisit de rentrer à Québec, où le théâtre recouvre ses forces. Dix ans plus tard, la scène théâtrale et Frenette pètent le feu. Pour ce dernier, trois ou quatre productions par saison. Plus, depuis peu, un nouveau joujou: la mise en scène. Deux copains lui ont demandé de les diriger dans Variations énigmatiques, d’Éric-Emmanuel Schmitt, une pièce avec des idées et des sentiments, «la combinaison idéale». Le résultat a plu.

Frenette ne dit rien d’impérissable sur son métier, mais il ne bazarde pas son talent dans le va-tout du n’importe quoi. Il aime le soccer et les voyages; il a souvent des migraines, mais toujours pas de permis de conduire. «Traîner 8 tonnes de tôle avec soi chaque fois qu’on se déplace est une aberration.» Ça aussi, c’est noté sur son blogue: pgra-hugues.blogspot.com.

Elvire Jouvet 40, Théâtre Périscope, à Québec, du 9 sept. au 4 oct., 418 643-8131; Cyrano de Bergerac, en tournée d’octobre à décembre.

PARENTHÈSE
Un gala, un gala!
L’été n’est même pas fini qu’on nous assène un gala. Celui des Gémeaux (télévision, internet et nouveaux médias – Radio-Canada, le 14 sept.): 84 catégories, 4 000 membres qui ont le droit de vote! Hum, est-ce bien sérieux?
Mais on s’en fout, car un gala ça sert à voir des artistes boudinés dans leurs habits se faire bisou-bisou et débiter des remerciements comme une liste de commissions. Le grand plaisir pour le téléspectateur, mais il est fugace, c’est quand, à l’annonce de l’élu, la caméra s’attarde sur la déconvenue d’un vaincu, et qu’on l’entend penser: «Quelle bande de trous de c… de ne pas m’avoir choisi!» Ah, on aime les perdants.

Au dernier gala des Olivier – cérémonie où l’on distribue d’affreuses statuettes aux humoristes méritants –, Martin Matte, qui avait pourtant raflé le quart des prix, a fait une gueule longue comme ça quand il a vu l’Olivier de l’année lui échapper aux mains de Louis-José Houde. En deux secondes chrono, le «Condamné à l’excellence» (titre de son spectacle) venait-il d’afficher à l’écran l’arrogance feinte de son personnage de baveux ou la mesquinerie d’un homme rétif à toute compétition? Le suspense reste entier.

Tout le monde cherche de la considération, si ce n’est de l’amour. Mais que les mieux nantis en laissent un peu aux autres!

LES RENDEZ-VOUS DE LA QUINZAINE
CONCOURS/ DE VIVES VOIX
Parce qu’il aime les voix, Plácido Domingo – 67 ans, 125 rôles – a créé, en 1993, une compétition internationale itinérante de chant lyrique, qui a révélé les ténors Rolando Villazon et José Cura. Operalia se pose pour le première fois au Canada. Québec, qui a déjà tout eu cette année, accueille le concours. Rappelons aux juges qu’en chant, la technique n’est rien sans le frisson. Palais Montcalm et Grand Théâtre de Québec, du 19 au 24 sept., 418 641-6040, 418 643-8131.

THÉÂTRE/ SAINE ET CHAUVE
Eugène Ionesco disait à propos de La cantatrice chauve, créée à Paris en 1950: «Le public, au départ, n’a pas suivi, et les acteurs jouaient pour une seule spectatrice: ma femme. Mais un jour, elle n’a pas pu venir à cause d’une rage de dents et ils ont alors joué devant personne.» Depuis, la pièce a fait le tour du monde et, accompagnée de La leçon, tient l’affiche du Théâtre de La Huchette, à Paris, depuis 1957. Il faut avoir vu ces pièces au moins une fois dans sa vie. L’occasion est belle: le metteur en scène Frédéric Dubois a de l’aplomb. Et son équipe du Théâtre des Fonds de Tiroirs, du répondant. Centre Pierre-Péladeau, à Montréal, du 19 au 27 sept., 514 253-8974.

EXPOSITION/ D’ART ET DÉCÈS
Vu, en 2005, la «forêt de sculptures» – quelque 70 œuvres monumentales – installée dans la cour intérieure de la propriété de Pierre-Paul Bertin, à Beauport. Cet été-là, je découvrais un peintre-sculpteur-graveur, né en France en 1926 et arrivé au Québec en 1967, qui avait côtoyé Picasso, Giacometti et Riopelle. Sa femme m’apprenait récemment la mort de l’artiste (en 2006) et l’hommage que lui rend la Société d’art et d’histoire de Beauport. Le fleuve et son espace, salle Jean-Paul-Lemieux (Bibliothèque Étienne-Parent), à Québec (arrondissement Beauport), du 14 sept. au 2 oct., 418 641-6471.

CIRQUE/ LE CIEL SOIT LOUÉ!
Inoubliable dans Icaro, Daniele Finzi Pasca – metteur en scène, auteur, chorégraphe et clown – est un modèle d’inventivité, un aiguilleur d’étoiles. Pour le Cirque Éloize, il a imaginé et mis en scène La trilogie du ciel, dont voici le dernier chapitre: Nebbia (brouillard en italien). Si le spectacle frôle la puissance des deux premiers (Nomade et Rain), on peut s’attendre à une sonate humaine sertie d’images magistrales et de prouesses physiques. Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal, du 9 sept. au 4 oct., 514 866-8668. Puis en tournée québécoise jusqu’en janv. 2009.

THÉÂTRE/ LA LETTRE ET L’ESPRIT
Fondatrice du couvent des Ursulines, à Québec, Marie Guyard, dite Marie de l’Incarnation (1599-1672), a écrit un catéchisme en iroquois, des dictionnaires alquonquien et iroquois… et plus de 10 000 lettres. Cette correspondance, principalement celle adressée à son fils Claude, sert de matière à la proposition théâtrale du documentariste Jean-Daniel Lafond, mari de Michaëlle Jean. Son Excellence (c’est comme ça qu’on dit) trace le portrait d’une femme folle de Dieu et de la vie. Lorraine Pintal dirige Marie Tifo. Marie de l’Incarnation ou la déraison d’amour, salle Octave-Crémazie (Grand Théâtre de Québec), du 16 sept. au 11 oct., 418 643-8131.

Les plus populaires