Catherine Bourgeois, l’exploratrice

Just fake it, de la compagnie Joe, Jack et John, est le spectacle d’ouverture du théâtre Aux Écuries, dans le quartier Villeray, à Montréal. Rencontre avec la metteure en scène.

Dans le nouveau spectacle signé Catherine Bourgeois, il y a une danseuse et trois acteurs — dont un déficient intellectuel et une trisomique —, deux abris Tempo et du tapis de gazon, de la musique pop et de l’anglais. La compagnie Joe, Jack et John, que la metteure en scène codirige avec le comédien Jean-Pascal Fournier, se définit autant par son esthétique, miroir de notre américanité, que par ses distributions atypiques. « Je n’ai pas envie de me retrouver avec du monde de mon âge qui a la même culture et le même avis sur les gaz de schiste. Je veux faire entendre d’autres points de vue sur notre monde. » Ceux des aînés, des immigrants, des handicapés…

Photo : Alexandre Chabot

En Europe, Pippo Delbono a tiré Bobo de l’asile où il croupissait depuis 44 ans pour l’amener sur scène ; Romeo Castellucci a dirigé un microcéphale sourd-muet et des femmes atteintes de trisomie 21. « Ici, quand on mentionne “déficience intellectuelle”, il arrive encore qu’on y associe les mots “amateur” et “sous-sol d’église”. » Catherine a repéré Geneviève Morin-Dupont et Michael Nimbley aux Muses : Centre des arts de la scène, où ils ont suivi une longue formation en théâtre. Ils épicent de leur présence insolite le cinquième spectacle de Joe, Jack et John : Just fake it — réplique au « Just do it », slogan de la campagne de Nike — interroge les apparences, l’identité, la représentation sociale.

Diplômée en scénographie de l’UQAM, Catherine Bourgeois possède une maîtrise de « Directing for Theatre » de la Central School of Speech and Drama, à Londres. « Mais la mise en scène m’intéresse moins qu’imposer des thèmes, susciter des improvisations, colliger, donner du sens. » On pourrait croire, en raison du filet d’accent anglais qui colore son élocution, que la créatrice vient du nord de l’Ontario. Elle est née à Saint-Nazaire-d’Acton. « J’ai aussi un accent quand je parle en anglais. Je suis une sorte de Jean Chrétien avec deux langues secondes. »

Elle constate : « La majorité des gens avec lesquels j’ai étudié en théâtre n’en font plus aujourd’hui. » Pour gagner sa vie, Catherine est directrice de production ainsi qu’assistante à la création de la chorégraphe et danseuse Margie Gillis. Ce n’est pas un hasard si, dans Just fake it, elle explore davantage le langage chorégraphique avec la danseuse américaine Dorian Nuskind-Oder, qui ne comprend pas le français, mais fait croire le contraire dans le spectacle. Bel exemple des mensonges qu’on utilise comme stratégies de survie en société, sujet de la pièce.

Just fake it, théâtre Aux Écuries, à Montréal, du 14 au 29 oct., 514 328-7437.


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