Catherine Leroux et l’art de se réinventer

L’auteure Catherine Leroux, maintenant éditrice chez Alto, publie ces jours-ci L’avenir. Retour sur les derniers mois mouvementés, et sur ceux qui viennent. 

Photo : Audrey Wilhelmy

Elle a publié son premier roman il y a à peine une décennie, mais depuis, les honneurs s’accumulent pour cette plume au souffle unique. Car Catherine Leroux possède un don hors du commun pour raconter des histoires travaillées aussi finement qu’une dentelle. En 2014, Le mur mitoyen remportait le Prix littéraire France-Québec alors que sa traduction anglophone était en lice pour le prix Banque Scotia Giller. Elle a aussi planché sur la traduction du livre de Madeleine Thien Nous qui n’étions rien, qui lui a valu un Prix du Gouverneur général en 2019. Elle publie ce mois-ci L’avenir (Alto), son quatrième roman.

Quelle partie de votre boulot vous rend le plus heureuse ?

La création elle-même. C’est en période d’écriture intense que je me sens le plus en vie, le plus moi-même. 

Trouver l’idée du prochain roman, est-ce facile ? 

Dans mon cas, oui, j’ai des idées pour les quatre prochains romans. Le problème est de trouver le temps, le courage, la disponibilité mentale de les écrire.

Le bonheur parfait pour un auteur, c’est quoi ?

C’est d’être capable de se réinventer. De trouver des idées qui, même après plusieurs années de métier, continuent de présenter des défis, des nœuds ; bref, de se sentir à chaque roman à la fois démuni et tout-puissant devant son propre projet. Et c’est aussi de sentir qu’on est lu intelligemment, par des gens qui comprennent le livre et le remettent en question, qui participent à l’effort d’imagination qui le fait vivre — car la lecture est une activité créatrice, elle aussi.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Il me vient de l’autrice Hélène Vachon, qui m’a dit qu’avant d’entreprendre l’écriture d’un nouveau livre, il faut attendre d’avoir changé soi-même. J’ai suivi ce conseil et je le trouve très juste ; il permet d’aborder l’écriture d’une manière toujours renouvelée. C’est particulièrement vrai dans le cas de L’avenir, qui paraît cinq ans après mon précédent livre et que j’ai écrit après avoir vécu plusieurs transformations personnelles. Je pense que cela se sent dans le roman.

Comment s’est passée la création de votre dernier roman, L’avenir ?

L’idée de base du roman (celle d’une femme qui s’installe dans la maison de sa fille décédée) était déjà formulée il y a six ou sept ans, mais je savais qu’il manquait plusieurs éléments avant d’arriver à la densité à laquelle j’aspirais. J’ai attendu que les diverses couches narratives et thématiques se mettent en place — la question de la nature qui revient prendre possession des zones urbaines, par exemple, ou encore celle de l’équité entre les générations. Comme toujours, la réécriture et l’édition m’ont pris pas mal de temps. Je rédige très vite les premiers jets, mais je les retravaille sans cesse par la suite. Je dois me faire violence pour arrêter de triturer mes manuscrits !

Vous y avez reconstitué une ville qui s’apparente à Détroit. Pourquoi ?

Tout le monde a entendu parler de Détroit, de son destin rocambolesque et des mythes qui y sont associés. Ça me donnait une bonne base pour construire le récit. Mais en créant une ville fictive, j’ai pu m’affranchir de certains faits, notamment linguistiques et historiques.

Que voudriez-vous que les lecteurs retiennent de la lecture de ce roman ?

J’ai écrit ce roman alors que, comme beaucoup de gens, j’étais fortement préoccupée par la dégradation de l’environnement, les changements climatiques et leur impact sur la génération de mes enfants. Sans jamais aspirer à écrire un pamphlet politique ni une fable morale, j’espère contribuer à faire réfléchir les gens à ces enjeux, aux devoirs que nous avons envers ceux qui nous suivront, aux possibilités de nous réchapper. 

Depuis janvier dernier, vous êtes aussi éditrice chez Alto. Quel est votre plus grand défi dans ce rôle ?

A priori, je croyais que ce serait de ne pas laisser l’autrice s’immiscer dans le travail éditorial. Mais je réalise que ce n’est pas le défi principal. Comme éditrice, j’aspire à voir chaque livre dans son entièreté, à capter son identité propre et ses lignes de force, et à aider celles-ci à trouver leur expression optimale. Une partie du défi est aussi d’accepter les limites de chaque œuvre — tout comme je dois, d’une manière différente, accepter celles de mes propres romans.

Une saison littéraire sans salons du livre, vous vivez ça comment ?

J’ignore pour l’instant à quoi m’attendre. Mon éditeur et moi, nous tentons de trouver des solutions créatives, d’organiser un lancement ambulant qui respecte la distanciation physique, par exemple. Tout dépendra des recommandations en vigueur au moment de la sortie du livre…

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