Ce qui se cache derrière Déblais

Le recueil Déblais, de Paul Bélanger, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Poésie.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Poète de renom maintes fois primé dont le souffle poétique est aussi puissant qu’érudit, Paul Bélanger est également connu pour sa prose avec des publications telles que Les jours de l’éclipse (Québec Amérique, 2003 : finaliste au prix du Gouverneur général et mention d’excellence de la Société des écrivains canadiens), Le passeur du palais des ombres et Cahier de Fernando Pessoa à Montréal (Éditions du Silence, 2010). Plusieurs de ses poèmes ont été traduits en espagnol, en portugais et en anglais, et il est membre de l’Académie des lettres du Québec. Paul Bélanger a été directeur littéraire des Éditions du Noroît de 1991 à 2021 et demeure à ce jour une figure incontournable et indissociable de la maison.

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

C’est un livre nocturne. Il s’est écrit la nuit. Je me levais, Ophélie-Suzanne murmurait à mon oreille d’étranges histoires : une noyée à la peau transparente, un homme emmuré (Hamlet). Un couple sur le retour de l’enfer, etc. Chaque suite de poèmes étant un paragraphe de cette grande pérégrination. C’est un livre de pérégrination.

C’est donc une rédemption. Car je ne vivais qu’à demi, l’autre m’étant donnée par cette voix obscure que j’entendais. Un murmure outre-monde. Au-delà du monde, c’est-à-dire dans cette voix qui cherche à maintenir au cœur du désordre une présence. C’est une expérience, comme si j’assistais au commencement, encore, de l’aventure. Alors il faut plonger, écouter ce qui sourd du papier. Pendant 90 jours. Chaque nuit, un poème. Ou en tout cas des mots me renseignant sur l’histoire à venir. Il fallait fouiller encore et remonter de la catabase indemne, autant que possible. Même l’incroyant peut être secoué.

Je ne cherchais pas tant un lecteur qu’à garder dans la vie celle que j’aimais, et je détestais aller dormir parce que m’éveillant je m’éloignais encore d’un jour.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ?

Il est difficile pour moi de penser à ce que le lecteur peut voir. Quand je le lis, pour l’instant, j’entends un chant lyrique ancien et porteur de toute éternité. Moins un achèvement qu’une avancée. Bien sûr, je souhaite que le lecteur, comment dire, aime ? Sinon entre en dialogue avec mon propre dialogue. Je dirais que c’est là que ça se passe, dans cette lente syntaxe qui tente de rejoindre l’autre.

Quel message avez-vous retenu de ce livre ?

Surtout, pas de message. Une invitation, peut-être, à suivre une direction, selon la proposition du livre. J’aimerais que les gens soient curieux de cet objet.

Bref, ce serait comme mon kaddish.

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Un extrait de Déblais

Ta vie ne figure sur aucun registre officiel, et cette mémoire
au long feu ne se nourrira pas d’anecdotes ou des mystères
de légendes

le nom restera aussi muet qu’un destin de fleur au parfum
subtil, on lira peut-être la prière du prophète avant qu’elle
ne soit emportée

« les peuples qui restent sourds à leurs faiblesses périssent
dans l’ignorance »

et la voix se brisera sur les pierres et nous accepterons le
mensonge qui est seul à révéler la vérité : comment donc
es-tu passé?

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Déblais, par Paul Bélanger, Éditions du Noroît