Ce qui se cache derrière Faire les sucres

Le livre Faire les sucres, de Fanny Britt, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2021 dans la catégorie Romans et nouvelles.

Montage L'actualité

Fanny Britt est écrivaine et traductrice. Elle est l’auteure de plusieurs pièces de théâtre, dont Hurlevents (2018) et Bienveillance (Prix du Gouverneur général en 2013). Ses pièces ont été créées sur plusieurs scènes du Québec et d’ailleurs, tout comme la vingtaine de traductions qu’elle a réalisées pour le théâtre (elle compte également une dizaine de traductions littéraires à son actif). Son premier roman, Les maisons (2015), a été finaliste au prix France-Québec et au Prix littéraire des collégiens. Elle a également fait paraître deux essais, Les tranchées : Maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments (2013) et Les retranchées : Échecs et ravissement de la famille, en milieu de course (2019, finaliste au prix Victor-Barbeau). En littérature jeunesse, on lui doit les romans graphiques Jane, le renard et moi (2012), maintes fois primé, Louis parmi les spectres (2016) et Truffe (2021), en collaboration avec l’illustratrice Isabelle Arsenault, ainsi que plusieurs traductions. Son plus récent roman, Faire les sucres (2021), est finaliste aux Prix du Gouverneur général. 

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

Terminé pendant le premier confinement, Faire les sucres a été un travail d’introspection et d’observation du monde encore plus impitoyable que ce que j’avais prévu ! Depuis deux ans, je travaillais sur une histoire mettant en scène des personnages assez antipathiques, centrés sur eux-mêmes et leurs désirs, et voilà que la planète faisait face à la nécessité urgente de se mettre au service du bien commun… Le contraste était intense ! Par moments, j’ai pensé que la fiction romanesque ne pouvait rien contre le désarroi que nous ressentions tous collectivement, et que je ferais mieux d’occuper mon temps à quelque chose de plus utile. Mais au fil de l’édition, à l’été 2020, et en reprenant moi-même contact avec les livres qui me faisaient vibrer et me redonnaient espoir, j’ai voulu croire que la fiction détenait encore le pouvoir d’élargir notre sentiment d’appartenance à l’humanité, notre empathie et nos élans de solidarité. 

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? Quel message vouliez-vous faire passer ?

Je ne pense pas vouloir faire passer de message — à travers des personnages et une histoire inventée, je pose des questions, j’interroge mon époque et je décortique les liens qui façonnent, motivent et blessent les êtres humains. Dans Faire les sucres, j’explorais surtout comment l’échec du rêve bourgeois pouvait avoir des répercussions bien au-delà de la déception personnelle. En imposant sans relâche des idéaux de succès financier, de célébrité ou de vitalité amoureuse et familiale exacerbée, c’est tout le reste qui se trouve écrasé, les gens, les ressources, la vérité, jusque dans la définition de ce que constitue une vie ayant de la valeur. S’il y a une chose qui m’habitait et qui m’habite encore, c’est l’importance de ne pas fermer les yeux sur ces mécanismes.

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Un extrait de Faire les sucres

Sylvain avait dit : « Une entaille, c’est une blessure. C’est pour ça que la manière dont tu t’y prends est aussi importante. Par contre, le désentaillage est encore plus critique, parce que tu peux arracher des parties de l’écorce si t’utilises trop ta force, pis après, ça met des années à cicatriser, pis l’arbre meurt de l’intérieur sans que tu l’aies vu venir, pis première affaire que tu sais, c’est qu’il donne pus d’eau. Tu y dois ça, à ton arbre, de le blesser correctement. Ça fait drôle dit de même, mais c’est ça pareil. T’as pas le choix de le blesser si tu veux faire les sucres. Si tu fais ça comme il faut, il va guérir tranquillement, pis toi tu vas choisir l’endroit le plus sécuritaire à la prochaine entaille, pour laisser l’ancienne guérir, tu comprends ? C’est un cycle. Tu crées un nouveau trou juste assez loin de l’ancien, pis tout ce beau monde-là va cohabiter pis continuer à produire. Ta mèche aussi va faire une différence. Tu veux un beau trou égal, franc, tu veux pas aller gruger à gauche à droite pis causer plein de petites meurtrissures cachées, tu comprends ? Tu mesures ton angle, deux, trois fois s’il faut, t’ajustes ta mèche, tu prends ton temps. Chaque fois tu y fais mal, à ton arbre, oublie jamais ça. C’est comme l’abattage sur une ferme. C’est nécessaire, mais c’est violent. Le monde aime pas ça penser à la violence qui vient avec leur cuisse de poulet barbecue, pis je les comprends, j’aime pas la violence plus qu’un autre. Mais ton arbre, c’est tout ce qu’il te demande : que tu fasses attention, parce que tu sais que ça fait mal. »

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