Ce qui se cache derrière Lac Adélard

Lac Adélard, de François Blais, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Littérature jeunesse — texte.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

François Blais est écrivain et employé d’entretien dans un centre commercial. Il mène ces deux carrières avec un égal brio. Il vit à Charette, en Mauricie, avec ses chiens, ses chats et ses chèvres. Pour adultes, il a fait paraître une dizaine de romans aux éditions L’instant même, dont Les rivières suivi de Les montagnes (Prix des Horizons imaginaires 2018), La classe de madame Valérie (finaliste au Prix des libraires du Québec 2014) et Document 1 (Prix de création littéraire de la Ville de Québec 2013). En littérature jeunesse, il a signé trois albums illustrés aux Éditions 400 coups, dont Le livre où la poule meurt à la fin, ouvrage qui a remporté le Prix jeunesse des libraires du Québec en 2019, catégorie 6-11 ans.

Lac Adélard, son premier roman pour le jeune public, s’est mérité de nombreux honneurs, dont le Prix jeunesse des libraires du Québec en 2021, catégorie 12-17 ans.

Comment s’est déroulée la création de cette œuvre ?

Un peu à tâtons. Quand Carole de la Courte Échelle m’a approché pour me proposer de participer à la Collection Noire, je n’avais pas lu de roman jeunesse depuis longtemps (en fait, depuis ma jeunesse). Aussi, j’ai préféré ne pas lire les autres titres de la collection. Je me suis donc fié à mon instinct. J’ai décidé de ne pas ajuster mon niveau d’écriture en fonction du public visé. La seule différence entre ce roman et mes romans destinés à un public adulte est l’âge des protagonistes. Par contre, je gardais en tête que les jeunes de cet âge constituent un public difficile, car l’offre de divertissement est très vaste, et qu’ils sont sans cesse sollicités par des écrans. Il était donc important de leur donner l’envie de tourner la prochaine page.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ?

J’avais surtout à cœur de raconter une bonne histoire, avec des personnages intéressants. L’intrigue de Lac Adélard se déroule à Charette, le village où j’habite, et le véritable lac Adélard est situé à dix minutes de chez-moi. Je trouvais important de situer l’action du roman dans mon coin de campagne, afin que les jeunes habitant en région se reconnaissent dans les personnages. (Et que mes lectrices montréalaises découvrent une autre réalité que la leur.)

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Un extrait de Lac Adélard

C’est beau, en tout cas moi je trouve ça beau les choses qu’on voit ici. C’est beau, les arbres, les oiseaux, les insectes, le ruisseau qu’on entend tout le temps. Les cinq cabanes autour du lac, les framboises et les fleurs et les trains qui passent, les wagons-citernes noirs et les wagons de marchandise bruns, c’est tellement beau. Sur les wagons de marchandise, il y a des graffitis. Je n’ai pas le droit de m’approcher de la track quand c’est un train de passagers qui passe. Maman, Patrick, Denis et Marianne disent qu’on ne doit se faire voir de personne, le temps que les choses se tassent, que nos affaires s’arrangent, c’est très important de ne pas se faire voir, même pas des gens qui passent vite dans les trains de VIA Rail. 

C’est beau, aussi, surtout, ce qu’il y dans le chalet de la grand-mère à Robot : les chapelets, les cendriers de la Floride, les disques, les statuettes en bois noirs de Tahiti, les vieux livres de religion avec le rebord des pages en or et les caisses de vieux journaux et le calendrier liturgique de l’année 1960 (ma fête tombe à la Saint-Lucien-de-Beauvais, et je trouve que c’est un beau nom). C’est beau, vraiment, la vaisselle dans le gros meuble en bois qui s’appelle justement un vaisselier. Les vases en cristal orange, les plats de service et les saucières avec des images de l’ancien temps dessus. Et la bonbonnière ! C’est comme un petit bain sur pied, mais avec trois pieds au lieu de quatre. Elle est blanche et il y a un canari sur une branche peint sur un côté. Il y a du métal doré autour du rebord. Elle est tellement belle que je voudrais la voler et la cacher pour que personne ne puisse plus la voir jamais. Comme l’abaque à l’école avec les anneaux en caoutchouc. J’étais trop petite pour me faire disputer beaucoup, mais je me suis quand même fait disputer un peu, et maman m’a fait jurer de ne plus jamais prendre ce qui ne m’appartenait pas.

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Lac Adélard, par François Blais, La courte échelle