Ce qui se cache derrière L’amour des oiseaux moches

Le recueil L’amour des oiseaux moches, de Symon Henry, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Poésie.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

La pratique artistique de Symon Henry se fonde sur l’interaction de trois axes majeurs dans ses créations, à savoir la musique de concert, les arts visuels et la poésie. Son premier recueil de poésie, son corps parlait pour ne pas mourir, ainsi que son premier livre de partitions graphiques, voir dans le vent qui hurle les étoiles rire, et rire, sont parus en 2016 aux Éditions de la Tournure. Le recueil poético-sonore L’amour des oiseaux moches (2020) a représenté un aboutissement important dans son parcours, ayant fait l’objet d’une publication aux éditions Omri et d’une production majeure de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+). Symon travaille présentement à la mise en opéra du roman Le désert mauve de Nicole Brossard, qui l’accompagne dans cette démarche.

Comment s’est déroulée la création de ce livre ? 

J’ai d’abord cherché des mots repères, des bouées : désir, amour, exultation, armature, raboutages, origine(s), ou encore « l’insultant » khawal [équivalent du « fif » ou « tapette » québécois mais aussi, quand on creuse l’histoire, mot se référant à une tradition de danseurs « habillés en femmes » qui ont égayé les soirées égyptiennes d’un autre temps] de mon enfance… Ils m’ont aidé·e à contrecarrer un trouble alimentaire, une dépression, à désamorcer des triggers [déclencheurs] au sortir d’une relation de couple toxique. Ils m’ont aidé·e à me réapproprier mon identité de métis·se égypto-québécois·e, de trans non binaire, de polyamoureux·se. 

Ces mots étaient habités et incarnés par ma famille choisie — de sang ou de résonances amireuses. Le livre s’est ainsi fait dans la spontanéité de formules à déshabiller de leurs lourdeurs extérieures, puis dans leurs reconnexions, dans leurs remises en chair, dans la célébration de toute cette lumière qui habite mon monde, au final.

J’ai navigué l’écriture de L’amour des oiseaux moches en étant accompagné·e par mon éditrice Charlotte Francœur des éditions Omri, tout en composant les partitions graphiques qui dialoguent avec ces mots, en étant soutenu·e par Véronique Lacroix de l’Ensemble contemporain de Montréal (ECM+) — commanditaire d’un large pan du texte et de l’essentiel de la partition. Ces soutiens extérieurs continus m’ont permis d’assumer mon ressenti puis de créer un objet-livre qui, je le crois et l’espère, dépasse mon individualité et me permet d’être en joie en me disant que j’ai peut-être pu, l’espace de 156 pages de dorures et d’imaginaires croisés, être un prisme par lequel un peu de la beauté qui m’entoure a pu être révélé.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? Quel message vouliez-vous faire passer ?

Mon livre est une grande fête qui rend hommage à ma communauté sublime d’amoché·es de la vie. J’ai voulu leur déclarer mon amour tout en rendant visibles nos altérités. Il ne s’agit pas, pour moi, d’emmener læ lecteur·rice en visite dans nos univers, mais plutôt de nommer sans détour la complexité de nos réalités et de nos pensées, de juxtaposer dans le même vers nos élans de vie et le trash — mémoire ou actualité — qui fait partie de notre quotidien. 

Mes communautés de violenté·es, de résilient·es tout croches, ont dans leurs yeux et leurs gestes les échos indélébiles de leurs vécus, et nous construisons nos beautés à partir de cet endroit qui n’est ni victimisation ni déni du réel. Nous collons des paillettes sur nos blessures, en rions, en tombons souvent. Nous les utilisons comme levier pour construire un monde de pensées complexes à l’intérieur duquel nous osons espérer la paix intérieure ou, en attendant, la magnificence du vivre-ensemble joyeux.

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      L’amour des oiseaux moches, par Symon Henry, OMRI