Ce qui se cache derrière Les ombres blanches

Le livre Les ombres blanches, de Dominique Fortier, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2022 dans la catégorie Romans et nouvelles.

montage : L’actualité

Dominique Fortier construit depuis une quinzaine d’années une œuvre singulière, au confluent de l’Histoire et de l’imaginaire. Son premier roman, Du bon usage des étoiles, a reçu le prix Gens de mer du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, alors que Au péril de la mer a été couronné par le Prix littéraire du Gouverneur général en 2016. Les villes de papier, une plongée dans l’univers de la poète Emily Dickinson, lui a valu le prix Renaudot de l’essai en 2020 et a été traduit dans une dizaine de langues. Dominique Fortier a aussi été finaliste au prix littéraire de la Fondation Prince Pierre de Monaco, distinction remise à une ou un auteur pour l’ensemble de son œuvre, à l’occasion de la sortie des Ombres blanches. Son plus récent livre, Quand viendra l’aube, est paru à l’automne 2022.

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

J’ai mis longtemps avant de me décider à écrire Les ombres blanches. Le livre a fini par s’imposer de lui-même ; simplement, j’étais incapable de quitter l’univers du livre précédent, Les villes de papier, où j’explorais la vie de la poète Emily Dickinson depuis l’enfance jusqu’à sa mort. Mon personnage principal disparu, que restait-il ? Plus de choses que je ne l’aurais cru : d’abord sa maison et la chambre dans laquelle elle avait passé les dernières années de sa vie presque cloîtrée, puis ses proches, ceux qui l’avaient connue et aimée — et enfin ses fabuleux poèmes, que presque personne n’avait encore lus, et qui auraient pu disparaître avec elle. C’est ainsi qu’a pris forme cette histoire de la venue au monde d’une œuvre après la mort de son auteure.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? Quel message vouliez-vous faire passer ?

Si Les villes de papier était un livre sur le mystère de la création, Les ombres blanches porte sur un autre mystère, aussi grand : celui de la lecture, qui redonne chaque fois à l’œuvre une vie neuve.

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Un extrait des Ombres blanches 

Ce ne sont pas, comme le veut la coutume lors du décès d’une personne d’importance, les notables de la ville qui porteront le cercueil du corbillard à l’église, puis au cimetière.

— Pas de notaires, pas de médecins ni de professeurs, a ordonné Emily quelques jours avant sa mort.

Non contente de les chasser de son chevet, elle voulait être bien certaine qu’ils ne la poursuivraient pas dans l’au-delà., refusait de voir son corps confié aux mains blanches des avocats et des docteurs, habituées aux contrats et aux stéthoscopes. Elle voulait être portée par les mêmes bras qui, jour après jour, transportaient les pommes, le lait et la paille.

Lavinia a respecté son souhait. Ce sont des ouvriers et des travailleurs des champs qui soulèvent à bout de bras le cercueil tout blanc. Ils se tiennent si droits, si peu encombrés par leur fardeau qu’on pourrait croire que la bière ne contient rien que des poignées de foin.

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