Ce qui se cache derrière Les visages de la terre

Le recueil Les visages de la terre, de Louis-Karl Picard-Sioui, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Poésie.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Louis-Karl Picard-Sioui est originaire de Wendake. Historien, anthropologue, écrivain, performeur, poète et commissaire en arts visuels, il refuse les catégorisations et se définit avant tout comme un créateur. Il travaille depuis plus d’une vingtaine d’années dans le domaine de la diffusion de la culture et des arts autochtones. 

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

L’écriture de ce recueil fut particulièrement longue et laborieuse à cause de la thématique abordée. Même aujourd’hui, je peine à lire publiquement certains passages sans être submergé par les émotions. L’art a toujours été pour moi un exutoire. Et ce livre fut une façon de faire le deuil de ma grand-mère, de qui j’étais très proche depuis la tendre enfance. Au départ, le projet était de faire une sorte d’hommage à cette femme wendat forte qui m’a tant appris, tant donné. De me réconcilier avec son trépas, de crier le manque. En cours de route, la création m’a amené à réfléchir à ce qu’on laisse aux nôtres suite à notre départ, à ce qu’on veut léguer à nos enfants, aux prochaines générations. À ce qui change et à ce qui survit aux affres du temps. Et comme j’ai passé la majeure partie de ma vie à œuvrer à la revitalisation de la culture wendat, tant au niveau de la langue ancestrale que de la spiritualité traditionnelle, ces éléments sont rapidement devenus centraux dans le livre. Je suis particulièrement fier d’y avoir composé une dizaine de poèmes en wendat standardisé, chose qui aurait été jugée impossible il y a une dizaine d’années. Avec ces poèmes, c’est devenu non seulement un livre sur le deuil, mais aussi sur la survivance. Un legs pour les miens, en quelque sorte. Sur ce que j’aimerais qui me survit. En ce qui touche le lectorat, je souhaite que les gens prennent davantage conscience des liens qui nous lient. Avec les ancêtres et les générations à naître. Avec l’ensemble des éléments de la création. « Nous, microbiote magnifié de Grande Tortue ».

Un extrait de Les visages de la terre

les murs ravivent mes crevasses
quand je me terre trop longtemps
sous les charpentes de ton absence
j’érige des poèmes   transplante des pousses
mais le temps traîne son deuil derrière le cortège
et voilà moi
je cours la voltige    m’essouffle la cadence 

pourtant  je m’occupe 
je plante des bouts de chou   des baies    des géants
j’engrange les couches   les cannes   les saisons 
je nettoie les racines  les petites mains violacées
les humeurs de mes fils   les branches de ta souche

je m’occupe   Grand-Mère
pendant que tu guides les marées
et nous baignes de rosée
j’élève des bleuets pis je cultive des bébés

***

Les visages de la terre, par Louis-Karl Picard-Sioui, Éditions Hannenorak