Ce qui se cache derrière Océan

Le roman Océan, traduit par Georgette LeBlanc, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Traduction.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Originaire de la baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, Georgette LeBlanc publie aux Éditions Perce-Neige. Elle a contribué à la scène théâtrale, télévisuelle et musicale à titre d’auteure et de collaboratrice. On la retrouve aussi dans diverses revues littéraires où elle publie poèmes et textes exploratoires plus intimistes. Elle habite le Coude (le Grand Moncton) au Nouveau-Brunswick.

Comment s’est déroulée la traduction de ce livre ?

Par étapes, par couches, en prenant le temps qu’il faut pour que le texte nouveau trouve sa forme et qu’il respire du même souffle que celui du texte d’origine. Pas facile. Le début n’est jamais facile. Heureusement, on m’a fait confiance et on m’a encouragé ce qui, déjà, n’est pas peu dire. 

J’aime que la traduction garde le pouls du texte d’origine, sa charpente, son geste. J’ai d’abord eu besoin de porter Ocean, de grouiller dans l’habit du texte. 

J’ai voulu suivre la poète, chaque vague et ressac de son vers. Il n’était pas question de réécrire Ocean, de le transformer, ni de le commenter. Je n’avais rien à dire ; Ocean est déjà magistral. Sue Goyette nous plonge dans un univers poétique teinté d’ironie incisive où l’océan est un personnage avec qui nous souhaitons vivre, jouer, créer, mais qui évite toutes complicité et complaisance. L’océan de Sue Goyette est tour à tour un parent, un fils, une fille, un amant inconstant, un charpentier préoccupé, chaque fois parfaitement énigmatique et inaccessible. Le temps du poème, on s’amuse à croire qu’on le connaît comme on peut s’amuser à croire qu’on se connaît ou qu’on connaît l’autre. Comme on peut s’amuser à croire qu’on comprend ce qui se passe. 

La langue de la traduction devait m’habiter. Ayant grandi en Nouvelle-Écosse, tout près du littoral atlantique et étant quelque part « enfant » de cette immensité, il est normal qu’Océan parle dans le français du territoire, s’exprime dans le français acadien toujours parlé et que j’écris. 

Quel message avez-vous retenu de ce livre ?

L’Océan, comme la langue, est un univers vivant, prodigieux.  

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Un extrait d’Océan

Tiré du poème Trente-Huit :

(…)

« Les mots que j’disions aviont le sirop fin de notre solitude
dans leurs veines. C’est de même que j’apprirent que les mots aviont des esprits,

Pis quand ce que les esprits de nos mots sortirent, y avait du brillant

qui glaçait l’océan, pis pour une petite minute, j’avions pu sucrer sa marée. »

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Océan, de Sue Goyette, traduit par Georgette LeBlanc, Éditions Perce-Neige