Ce qui se cache derrière Partie de chasse au petit gibier entre lâches au club de tir du coin

Le roman Partie de chasse au petit gibier entre lâches au club de tir du coin, traduit par Mélissa Verreault, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2022 dans la catégorie Traduction.

montage : L’actualité

Née en 1983, Mélissa Verreault est romancière, nouvelliste, poète, traductrice littéraire, chargée de cours en création littéraire à l’Université Laval, vice-présidente de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois et maman de triplées. Après avoir vécu à Montréal et en Italie, elle s’est installée à Lévis avec sa famille. Elle a entre autres fait paraître les romans L’angoisse du poisson rouge et Les voies de la disparition, ainsi que le recueil de nouvelles Point d’équilibre. Elle a par ailleurs signé les versions françaises de plusieurs romans, dont The Break (Katherena Vermette) et Liminal (Jordan Tannahill), puis traduit de l’italien le recueil de poésie Alto mare (Samantha Barendson).

Comment s’est déroulée la traduction de ce livre ?

Traduire Small Game Hunting at the Local Coward Gunclub fut une aventure riche en sensations fortes ! Le livre est à l’image de son titre : complexe, foisonnant, sans concession, trois qualités qui ne sont pas toujours évidentes à transposer. La langue déployée par Megan Gail Coles pullule de références pas toujours faciles à déceler, de métaphores étonnantes et d’expressions inusitées. L’autrice étant originaire de Terre-Neuve, son anglais est teinté d’une couleur singulière à laquelle nous n’avons malheureusement pas souvent l’occasion de nous frotter. J’ai donc dû faire énormément de recherches pour être certaine de ne négliger aucun pan de cet univers unique.

D’emblée, en exergue de son roman, l’autrice nous dit « Ça se pourrait que ça fasse mal. Courage. » Cet avertissement n’est pas anodin, car le livre aborde une panoplie de thèmes extrêmement difficiles. Malgré quelques éclaircies ponctuelles, la lumière et l’espoir se font rares dans cette œuvre. D’un point de vue émotif, ce n’était donc pas toujours évident de plonger dans cette histoire bouleversante. De plus, j’ai travaillé sur ce projet en plein cœur de la tempête pandémique, au début 2020, dans un contexte loin d’être idéal, avec trois enfants en congé forcé qui me tournaient autour ! Le seul fait d’avoir mené à bien cette entreprise tient pratiquement du miracle pour moi, alors celui de me retrouver finaliste aux Prix du Gouverneur général avec ce titre me laisse sans mots.

Quel message avez-vous retenu de ce livre ?

Ce livre nous confronte à des vérités que nous ne voulons pas toujours voir : les multiples formes de violence faite aux femmes, la manière dont on traite les Autochtones, les relations malsaines qui régissent nos vies, les abus de pouvoir, les injustices, etc. Ce que je retiens, c’est l’importance de dénoncer tout ça, de lutter pour que les comportements abusifs cessent, de réclamer qu’enfin le respect l’emporte sur l’indifférence. Plus que jamais, il est nécessaire de prendre la parole pour transformer le monde. 

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Un extrait de Partie de chasse au petit gibier entre lâches au club de tir du coin

On pourrait fumer des cigarettes ensemble dans la neige.

Elle aurait dû dire non. Elle avait bu une bouteille de rouge l’estomac à moitié vide et elle aurait dû dire non. Ce soir-là et tous les soirs qui ont suivi. Hier soir y compris. Mais Iris ne voulait pas passer pour une fille timide ou chiante ou stupide. Et il était si grand. Beau. Intelligent. Elle avait été, comment on dit… pleine d’espoir.

Mais cet espoir est sur son déclin à présent.

Elle s’extirpe du sofa et se traîne jusqu’au lavabo de la salle de bain. Le miroir. Des poches de chair molle pendent sous ses yeux. Brailler accélère l’apparition des signes du vieillissement. La soirée d’hier bat brutalement la mesure derrière ses vaisseaux capillaires. Elle s’envoie de l’eau froide dans le visage et se repasse le film de la veille en se brossant les dents. L’intérieur de ses cuisses brûle et elle se souvient vaguement d’avoir eu un rapport sexuel. Il a gardé sa chemise. Ils ne se sont pas glissés sous les draps. Après, elle a pleuré en silence, couchée sur l’édredon. Avant que son téléphone à lui sonne dans la poche interne de son manteau. Ce son urgent et étouffé annonçant que la nuit prendrait une tournure amère. Encore plus amère. Pour Iris, en tout cas.

Puis, il y a eu des cris. Elle se rappelle clairement les cris. Elle sur le sol, ses mains qui empoignent l’arrière de son manteau à lui, après qu’elle s’est enfargée dans des chaussures mouillées près de la porte. Les supplications chargées de honte profonde mélangée à une détermination sauvage. Elle qui le regarde se frayer un chemin hors de la cour en se berçant d’avant en arrière, mue par l’urgence qui habite l’animal prisonnier d’une cage bringuebalante, ses paumes frappant la vitre à double épaisseur.

Entré en elle et sorti d’elle en moins d’une heure.

C’est crissement scandaleux, même venant de ta part, lui a-t-elle écrit dans une tentative de l’estropier.

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