Ce qui se cache derrière Rap pour violoncelle seul

Rap pour violoncelle seul, de Maryse Pagé, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Littérature jeunesse — texte.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Maryse Pagé a fait carrière dans les médias comme recherchiste. C’est en 2012 qu’elle se lance dans la grande aventure de l’écriture de romans jeunesse. Son premier tome de Ce livre n’est pas un journal intime se retrouve dans la liste des 100 livres jeunesse québécois et franco-canadiens incontournables de Communication-Jeunesse. Sa trilogie a été adaptée en websérie à Télé-Québec. Rap pour violoncelle seul a été finaliste aux Prix des Libraires du Québec 2021, au Prix Espiègle 2021 et maintenant aux Prix littéraires du Gouverneur général 2020. Maryse Pagé travaille présentement à l’adaptation de ce roman en série télé.

L’auteure parcourt les écoles primaires et secondaires du Québec depuis quelques années pour propager le goût de la lecture et inviter les jeunes à la création littéraire.

Elle a obtenu une bourse du Conseil des Arts du Canada pour l’écriture de son prochain roman qui sera publié à l’automne 2021 chez Leméac.

Comment s’est déroulée la création de cette œuvre ?

Je n’ai jamais eu autant de plaisir à écrire un roman ! Maxime Mongeon, mon éditeur chez Leméac m’a fortement encouragée à ne pas me censurer, même si j’écrivais en jeunesse. Quelle joie ! Et jusqu’à maintenant les réactions nous donnent raison puisque la réception est exceptionnelle autant du côté des professeurs du secondaire, des « bookstagrammeurs », des adultes que des jeunes, surtout ceux qui lisent peu. Je me suis amusée à faire vivre des moments tendres, drôles, intenses, dramatiques et touchants à mes deux protagonistes, Malik et Marius, ce qui a eu pour effet de provoquer des émotions chez les lecteurs. Je ne suis pas sadique, mais j’adore quand on me confie avoir pleuré en lisant mon roman ! Les personnages m’habitent encore. Je travaille en développement pour les faire vivre en série télé grand public.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? 

C’est tellement grâce à l’ouverture d’esprit que l’on peut vivre de grandes choses ! Se tourner vers l’autre même si, de prime abord, il semble tout le contraire de nous peut parfois nous faire découvrir des horizons insoupçonnés. J’avais envie de démontrer que l’amitié n’a pas de frontières : jeune, vieux, pauvre, riche, aimant le rap ou le classique. Deux solitudes qui se rencontrent peuvent provoquer des étincelles, créer des étoiles ! Persévérer dans la connaissance de l’autre, pénétrer dans cette forêt parfois sombre, froide et peu invitante peut nous conduire à d’agréables surprises. Et… il peut émaner des choses très positives d’un événement négatif.

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Un extrait de Rap pour violoncelle seul

— Heille Manius, faisant exprès de massacrer son prénom à lui aussi, mon nom c’est Malik. M-A-L-I-K, épelant mon nom comme une maîtresse de première année.

Ne saisissant pas mon sarcasme, il m’a repris à son tour :

— Mon nom c’est pas Manius, c’est Mar… 

En le disant, Marius a réalisé que je me moquais de lui.

— Ha ! Ha ! T’es un p’tit comique, toi ! D’ailleurs, qu’est-ce que tu fais chez nous ?

— Mes travaux communautaires. J’ai quarante heures à faire. Ben là, trente-huit et demi.

— Quarante heures ! Tu penses quand même pas que tu vas faire tout ce temps-là avec moi ?

— Ça d’l’air que oui. Pis là, tout de suite, on va aller faire un tour, ordre de madame Beaupré.

— Est fatigante, elle, avec ses marches. Qu’a me laisse donc tranquille. J’vais à la cafétéria le matin pour aller déjeuner, le midi pour aller dîner et en fin de journée pour aller souper. Ça doit ben faire cinq mille pas, ça ! Pis j’fais du vélo stationnaire. Je lève même des poids. R’garde ! 

Marius a exhibé ses biceps, plutôt gonflés pour un vieux.

— Mais ça vous fait pas prendre l’air, ça !

— Moi, c’est comme ça que j’prends l’air.

Marius s’est mis la tête au-dessous de la hotte de poêle, a pesé sur « On » et a inspiré profondément.

— O.K. C’est clair. Vous voulez rien savoir. Mais moi j’ai des travaux communautaires à faire, pis c’est avec vous qu’il faut que je les fasse.

— Reste ici. Fais tes affaires. Tu diras que tu m’as tenu compagnie. Un moment donné ça va faire quarante heures, pis ce sera fini.

— Wow ! Ça va être agréable !

— Aimes-tu mieux faire de la prison ?

— Ben là ! Je ferais pas de prison à mon âge. Y vont juste me changer de vieux. Mais y faut que je passe deux semaines minimum avec vous.

— Achale-moi pas pour jouer aux cartes ou faire des promenades de pépère, pis je vais dire que t’as fait ta job.

— Si vous le prenez d’même !

J’avais pensé que mes travaux communautaires dureraient mille ans, mais je m’étais trompé. Ils dureraient l’éternité.

Marius a ouvert sa télé sur le réseau des sports où était diffusée une partie de golf. J’ai quand même essayé d’amorcer une conversation.

— Vous jouez au golf ?

— Non.

— Vous avez déjà joué au golf ?

— Non.

— Vous aimez regarder le golf ?

— Non.

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Rap pour violoncelle seul, par Maryse Pagé, Leméac Éditeur