Ce qui se cache derrière Shuni

Le roman Shuni, de Naomi Fontaine, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Romans et nouvelles.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Naomi Fontaine est née à Uashat. Une réserve indienne et des épinettes hautes comme paysage. Attachée à son peuple, elle écrit le visage des Innus, ce que leurs yeux ont vécu. Son premier recueil de récits poétiques Kuessipan : À toi, a été publié en mars 2011 aux éditions Mémoire d’encrier. Il a reçu un accueil enthousiaste du public et de la critique. Elle a également codirigé l’anthologie qui rassemble des écrits des Premiers Peuples Tracer un chemin, Meshkenatsheu. Manikanetish, Petite Marguerite est son deuxième roman. Enseignante de français de formation, elle se spécialise actuellement dans les littératures des Premiers Peuples à l’Université Laval. Shuni, Ce que tu dois savoir Julie est son plus récent roman. 

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

Ç’a été une longue route. Vers moi-même. Je ne pensais pas entrer autant dans mon intimité. Je pensais écrire un livre qui défendrait nos manières de vivre innues. Au final, Shuni est ma propre affirmation de femme Innue, de mère et d’écrivaine. Ce sont mes doutes dissipés, après des années à me battre contre eux. Ce sont mes propres préjugés confrontés, sur ma culture et ceux qui la font vivre. Cette Julie, c’est mon amie, mais c’est aussi la jeune femme que j’ai été, et qui dans ses peurs et ses erreurs, m’a fait grandir.  

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? Quel message vouliez-vous faire passer ?

J’aimerais qu’on se rappelle qu’avant une réelle ouverture à l’autre, l’affirmation de soi est nécessaire. Que d’être différent est une bonne chose pour les autres. Que ce sont ces distinctions qui nous permettent de grandir en tant qu’individu, en tant que nation. Et je crois qu’on ne nait pas avec de telles convictions dans nos sociétés hyper standardisées. Je crois qu’au contraire c’est un chemin qu’on choisit d’emprunter. Ou non. 

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Un extrait de Shuni

On m’a demandé quel était le plus beau mot de la langue française. Le voici

Liberté.

C’est un mot qui n’existe pourtant pas dans ma langue. La liberté est un concept intrinsèque à tout ce qui existe dans notre vision du monde. Nous sommes issus d’un espace sans clôtures, sans frontières. Des êtres libres dès l’enfance, dès que le petit devient autonome. Même les animaux, on ne les capturait pas pour en faire un élevage. C’est un état qui n’a jamais eu besoin d’être nommé. 

La seule manière de dire la liberté en innu-aimun c’est en nommant la fin d’un enfermement.

Apikunakanu.

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Shuni, par Naomi Fontaine, Mémoire d’encrier

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