Ce qui se cache derrière Tu vois ce que je veux dire ? Illustrations, métaphores et autres images qui parlent

Le livre Tu vois ce que je veux dire ? Illustrations, métaphores et autres images qui parlent, de Clément de Gaulejac, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2022 dans la catégorie Essais.

montage : L’actualité

Depuis 2012, Clément de Gaulejac a produit un grand nombre d’affiches et d’illustrations qui ont contribué à équiper visuellement la critique sociale et politique au Québec. Ce livre offre un prolongement à son travail d’illustrateur engagé sur le terrain des idées.

Comment s’est déroulée la création de ce livre ?

Je suis artiste et illustrateur, mais aussi auteur. J’aime transposer sur le terrain du discours les questions que je me pose dans mon travail d’illustration. Ce livre est mon premier essai, c’est-à-dire que pour la première fois, j’ai voulu traiter ces questions dans une réflexion au long cours sous la forme d’un essai.

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de votre livre ? Quel message vouliez-vous faire passer ?

Ce livre est une réflexion théorique, mais c’est un livre écrit par un artiste, et non un théoricien, c’est-à-dire que j’y développe une théorie très personnelle. J’essaie d’y élucider des problèmes (artistiques) auxquels je suis confronté personnellement. C’est un livre théorique, mais où la théorie cherche moins à faire système qu’à se présenter comme une compilation de beaux petits problèmes. J’ai voulu que cet essai soit plaisant à lire et que l’érudition y soit joyeuse.

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Un extrait de Tu vois ce que je veux dire ? Illustrations, métaphores et autres images qui parlent

C’est une formule un peu figée, un tic de langage qui rythme les discussions les plus anodines : « Tu vois ce que je veux dire ? » La question n’en est pas vraiment une, plutôt ce genre de petite phrase transparente qui maintient la communication active. Une sorte de mmm. On la prononce distraitement. Sa fonction est phatique (on s’assure que la communication passe bien), mais également métalinguistique. C’est un index pointé vers cette chose impalpable, ce pur produit de l’esprit qui occupe la conscience et que l’on veut partager avec une personne pour qui cela ne semble pas poser de problème de voir ce que l’on veut dire : elle acquiesce, la conversation peut continuer. Mais arrêtons-nous un instant pour regarder de plus près cette expression banale. Quelle est la substance de « ce que je veux dire » ? C’est une spéculation immatérielle qui paraît par essence intangible. Une idée, une pensée, un sentiment, une émotion. Quelque chose d’impalpable qui s’exprime par le truchement du langage.  Or, cette formation discursive qui est censée matérialiser un mouvement de la conscience, on demande à son interlocuteur s’il la voit. En tant qu’artiste œuvrant dans le domaine des arts réputés visuels, ce témoignage de confiance envers une telle compétence me réjouit, mais au-delà de cette valorisation de la discipline, n’est-ce pas contradictoire d’en appeler aux dispositions du regard pour saisir quelque chose d’invisible ? Bien sûr, on ne nous demande pas de réellement voir quelque chose avec nos yeux, il s’agit d’une métaphore, et qui plus est de ce qu’on appelle une métaphore morte. Elle n’est pas inventée dans le feu du discours pour fouetter avec un surcroît de précision la compréhension de l’autre, mais prélevée dans le lexique des expressions toutes faites et autres dictons qui encombrent nos mémoires. La plupart de ces métaphores figées ont tellement servi et dans tellement de situations qu’elles ne signifient presque plus rien. Je propose néanmoins de m’attarder sur celle-ci (« tu vois ce que je veux dire ? ») parce que le problème qu’elle pose — à savoir l’articulation du voir avec le dire — est l’un des mystères à l’origine de mon désir d’être artiste.

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