Ce qui se cache derrière Zoé

La pièce Zoé, d’Olivier Choinière, est en lice pour les Prix littéraires du Gouverneur général 2020 dans la catégorie Théâtre.

Conseil des arts du Canada, Christian Lalonde / Montage L'actualité

Olivier Choinière est auteur et metteur en scène. Il est directeur général et artistique de la compagnie de création L’ACTIVITÉ. À travers ses œuvres, Olivier Choinière explore différentes formes de représentations, que ce soit sur scène et/ou hors les murs, et cherche à donner un rôle actif au spectateur. Il a notamment remporté le Prix de la critique de l’Association québécoise des critiques de théâtre, le prix Michel-Tremblay, le prix Siminovitch et, plus récemment, le prix de l’auteur Primeurs.

Comment s’est déroulée la création de cette pièce ?

Zoé amorce un nouveau cycle de pièces qui s’intéresse à l’individu qui se trouve en dehors ou carrément exclu du système. Apparaissent des figures de personnages qui, soit fuient la société, soit décident de s’en écarter. Luc et Zoé sont porteurs du monde dans lequel ils vivent, tout en ayant un certain regard sur celui-ci. Ils tendent tous les deux vers une plus grande liberté, tout en ayant conscience des contraintes qu’ils subissent.

J’aimerais souligner que l’écriture de Zoé ne fut pas une démarche solitaire. C’est la première fois que j’écris en étant accompagné non seulement par un conseiller dramaturgique, mais également d’une dramaturge et sous le regard bienveillant d’une prof de philo.

Au cours des dernières années, je me suis rendu compte que j’écrivais des personnages qui cherchent à avoir raison, qui sont de mauvaise foi ou qui n’ont pas conscience des discours ambiants qui les aliènent, discours qu’ils retransmettent malgré eux.

Zoé s’inspire des dialogues socratiques. La philosophie m’a poussé à écrire des personnages qui cherchent à (se) comprendre, à entrer dans la réflexion, à se voir dans le miroir donc, même s’ils échouent le plus souvent. Ils tendent vers une plus grande conscience de leurs actions ou de leur choix, même s’ils n’y parviennent que très rarement. 

Zoé met en scène la nécessité d’une conversation, profonde, complexe et articulée, dans un monde qui nous pousse au débat, au duel, au combat. L’essentiel de la tension dramatique de la pièce se trouve pour moi dans le choc entre théâtre et philosophie, entre duel et conversation.

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Un extrait de Zoé

Luc
Pensez-vous que ceux qui affrontent l’armée, dehors, refusent de s’adapter?

Zoé
Non. Ils ont juste choisi une stratégie d’adaptation différente.

Luc
Et moi? Pensez-vous que j’aurais une chance de survivre? Si y avait une attaque de zombies, mettons.

Zoé
Non.

Luc
«Non» ?

Zoé
Je sais pas.

Luc
Vous pensez que j’aurais aucune chance?

Zoé
J’ai pas dit ça.

Luc
C’est ce que vous avez dit.

Zoé
OK, peut-être. 

Luc
Qu’est-ce qui vous permet d’affirmer ça?

Zoé
Une théorie.

Luc
Quelle théorie?

Zoé
Laissez faire. 

Luc
Allez-y. Dites-moi.

Zoé
C’est niaiseux.

Luc
Qu’est-ce qui est niaiseux?

Zoé
C’est que—dans les films de zombies—y a une théorie qui dit que c’est toujours ceux qui hésitent qui meurent en premier.

Luc
Ceux qui hésitent?

Zoé
Oui. Ceux qui doutent, qui arrivent pas à faire de choix. Est-ce que je devrais me cacher dans la maison ou dans la forêt? Est-ce que je devrais survivre seul ou en groupe? Est-ce que je choisis la compétition ou l’entraide? 

Luc
Quel choix vous pensez que je ferais?

Zoé
Honnêtement? Aucun. 

Luc
Qu’est-ce qui vous fait dire ça? 

Zoé
Les dissidents ont fait un choix. J’ai fait un choix. Mais vous, quel choix vous faites? Vous parlez, vous posez des questions, mais dans le fond, vous êtes pas capable de choisir. En tout cas, dans les films de zombies, c’est ce genre de personnes là qui meurent en premier.

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Zoé, par Olivier Choinière, Atelier 10