Ce qu’il faut savoir sur Arcade Fire et son disque Reflektor

Vous n’êtes pas branchés 24/7 sur l’internet et les réseaux sociaux, toujours à la quête des dernières informations sur Arcade Fire? Laissez-moi vous résumer un peu le «buzz» autour de leur album à venir.

C’est qui ça, Arcade Fire?

Si on résume rapidement : un groupe de rock orchestral basé à Montréal, mais dont les membres viennent d’un peu partout. Pour un portrait un peu plus complet, passez par ce «Arcade Fire 101» que nous publiions en 2011.

Pourquoi est-ce si important, le nouveau disque d’Arcade Fire?

Froidement, sans parler de goûts musicaux, il s’agit d’une sortie importante cette année parce qu’en 2011, leur précédent album gagnait le Grammy d’album de l’année, devant Lady Gaga, Katy Perry et Eminem.

Grammy mis à part, le groupe est un favori de beaucoup d’amateurs de musique, qui se demandent où le groupe va aller, maintenant. Les trois albums de leur discographie ont mis les standards de qualité très hauts et le son Arcade Fire a marqué la première décennie des années 2000.

Ok, ok. Mettons que c’est important. Comment s’intitule-t-il, ce fameux album?

Reflektor.

Que sait-on exactement de Reflektor?

Nous savons ceci :

– Ce sera un album double.
– Il sera en magasin le 29 octobre.
– Il est réalisé par James Murphy.
– Voici la pochette (Avouons-le, on a déjà vu mieux…)

reflektor

C’est pas mal tout ce qu’on sait.

On ne sait rien d’autre? Pourquoi en parle-t-on autant, alors?

Jusqu’à hier, nous en savions encore moins! Arcade Fire ne donne pratiquement jamais d’entrevue, et celle offerte à la BBC fait figure d’exception. Le groupe cultive le secret et connaît la valeur d’une horde de fans qui cherche à en apprendre plus. Surtout quand les journalistes s’y mettent aussi.

Pour Reflektor, tout a commencé avec une série de graffitis dans différentes grandes villes. Voici celui que j’ai croisé sur un trottoir tout à fait banal de Seattle :

Puis, sur internet, la rumeur a couru que c’était Arcade Fire, les blogues se sont emballés, on a lancé de grandes hypothèse en s’appuyant sur rien et on a fait pas mal de pub gratuite à un groupe, à partir de quelques graffitis pas trop coûteux. Génial, diront certains. Pas terrible, diront d’autres, comme ce couple dont le mur a été «choisi» pour recevoir un graffiti Reflektor. Ils le trouvaient «mieux qu’un banal tag», avant qu’ils ne se rendent compte qu’on les avait utilisés pour faire de la publicité.

(AJOUT : La réponse de Win Butler, chanteur du groupe. Via Genevève Borne, sur Twitter.)

Un mystérieux «9/9/9», interprété comme désignant le 9 du 9 à 9h, a suivi. Le 9 septembre, le groupe a lancé son premier extrait, sous la forme d’un vidéoclip interactif, mais aussi, Arcade Fire a offert un concert «surprise» à la Salsathèque, une salle minuscule de Montréal. Je n’y étais pas. Je vais donc citer d’autres journalistes qui y étaient. Ou plutôt… qui ont tenté d’y être.

Olivier Lalande, pour les Inrocks :

Vers 15h, on est environ 150 à piqueter. Un videur nous rappelle qu’il y a dress code strict : tenue de soirée ou costume loufoque. Merde. On nous dit aussi qu’il n’y aura que 100 bénis d’un droit d’entrée, dont certains seront choisis sur le facteur fringues. Heureusement, j’habite pas loin. Je pars faire la razzia du garde-robe tandis qu’un pote guette ma place.

(…)

Deux heures plus tard, c’est un peu moins drôle. Les 100 chanceux, dont au moins la moitié sont arrivés il n’y a qu’une heure, sont entrés, et on a mandaté un type bien connu du club local pour choisir quelques costumés dignes d’un ballet. Pas même un regard sur mon costume. Ni ceux des autres : ce sont les belles gueules qui l’emportent, comme dans les clubs du boulevard Saint-Laurent. Pour l’éthique soi-disant “différente” d’Arcade Fire, on repassera. Ça commence à ruer dans les brancards : ça chahute, ça bouscule un brin… À la bonne humeur a succédé une vague impression de se trouver du mauvais côté du bateau dans Titanic.

Brendan Kelly, de The Gazetten’y était pas (son collègue Erik Leijon, oui) mais voici son analyse des événements :

It’s really classic Arcade Fire stuff. Treat your fans badly, treat the journalists badly, prioritize the media stunt over everything else, and watch the headlines pop up on the web the world over. It doesn’t get much more cynical than that.

What self-respecting band would make their fans stand for hours on the street and then send them away to come back another day, after picking cooler-looking fans to let into the club and letting the band’s scenesters pals saunter in front right in front of the hardcore fans.

(AJOUT : Au bas de ce billet, la file d’attente vécue par mon collègue journaliste-chroniqueur Éric Samson)

Beaucoup de «stunts» dans l’histoire d’Arcade Fire, donc. Certains diront conséquemment que le groupe n’est, au fond, qu’une «grosse balloune». Ce à quoi je répondrai qu’il est impossible de faire de tels coups quand on n’a pas le matériel de qualité pour les soutenir. C’est d’abord la musique et l’expérience qu’offre Arcade Fire en spectacle qui pousse les fans à faire des folies. Le reste, le «hype», ça s’ajoute sur le dessus.

On mentionne souvent le nom de James Murphy, en parlant de Reflektor. Qui est-ce?

James Murphy a coréalisé l’album avec le groupe. Dans une autre vie, Murphy était la tête pensante du groupe LCD Soundsystem. Avec son électro-indie-disco-dance-punk-rock, les trois disques de LCD ont marqué la dernière décennie. Le groupe s’est sabordé en 2011.

Le disque Reflektor a été enregistré dans les studios de James Murphy, à New York. L’association est inattendue. Les pièces de LCD Soundsystem font presque systématiquement au-delà de sept minutes (c’est l’un des talents de James Murphy : créer des musiques hypnotiques, qui peuvent s’étirer longuement sans jamais paraître longues), elles sont relativement minimalistes et elles sont dansantes. Ce ne sont pas des adjectifs qu’on associe souvent à la troupe de Montréal.

La touche de James Murphy se fait sentir sur le premier extrait rendu public par Arcade Fire, une pièce longue et dansante.

Est-ce que ça va être bon?

C’est le grand mystère. Le groupe semble être sur le point de proposer un album au son assez différent des ses offrandes précédentes. C’est toujours risqué.

Personnellement, je préfère voir des artistes se planter en essayant quelque chose de nouveau que de recevoir un album pantoufle, qu’on confond avec le précédent et l’autre avant.

Est-ce que ce sera bon? On croise les doigts.

—-

AJOUT : La file d’attente, vécue par le journaliste-chroniqueur Éric Samson.

L’ambiance dans la file était très festive. Tout le monde à qui j’ai parlé ont passé une belle journée, même ceux qui sont arrivés à 16h (le pire moment, parce qu’ils ont attendu longtemps sans pouvoir entrer lundi soir).

À 18h le groupe est débarqué avec les têtes en papier mâché et a marché à travers la foule en faisant des hi-five et en posant pour les photos. À 20h, le groupe est redébarqué, sans têtes en papier mâché mais masqués et cagoulés, encore en faisant des hi-five à tout le monde. Ensuite, Cary Tauben s’est promené et a spotté les meilleurs costumes (et non pas « les mieux habillés ») pour les mettre dans la file « guestlist ». L’effort a donc été récompensé (si on veut).

Puis deux filles ont passé et ont collecté les $9 des gens pour entrer, en échange d’un bracelet. Ça a pris une bonne demi-heure. Pendant ce temps, le VUS par lequel le groupe était arrivé jouait Reflektor en boucle.

Personne n’avait l’air bougon ni fâché. Tout le monde avait l’air excité.

Ensuite je suis entré, alors je ne peux pas dire personnellement ce qui s’est passé, mais j’ai croisé une amie en revenant, qui était arrivée à 19h30 et s’était mise en file « pour rire » et qui a eu un bracelet pour le mercredi.

Bref, la perception du processus est vachement différente selon si on a pu y entrer ou pas. C’est ce qui me fait rigoler.

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