C’est quoi ce cirque ?

Un autre cirque, vous dites ? Né à Québec en 2008, celui-ci s’appelle Les Confins, parce qu’il se tient aux frontières du cirque, de la danse et du théâtre.

Les Confins se tient aux frontières du cirque, de la danse et du théâtre
Photo : Jocelyn Michel

C’est encore un bébé, mais il prépare sa première sortie publique, cajolé par le papa, Sylvain Genoi­s, un grand garçon d’un minimalisme quasi oriental, à la rhétorique brillante et aux muscles probants, spécialiste de la corde lisse et du main à main. Il a fait ses preuves au cirque traditionnel (avec animau­x), au cabaret, en Allemagne, et au cirque de facture moderne, tel Éloize. Un jour, il a eu envie de conjuguer son goût de communiquer sur scène avec ses champs d’intérêt littéraires et philosophiques. « À un moment donné, réussir des pirouettes te satisfait moins. Quand ça fait 10 ans que tu fais un double salto, tu veux essayer autre chose, tout en te demandant si tu as l’habileté pour le faire. »

Pour répondre à sa question, il appelle Kevin McCoy, Américain arrivé à Québec en 1996, avec ses yeux rieurs, sa verve de viveur, sa rigueur de concepteur – du spectacl­e TAG, entre autres, pour l’École de cirque de Québec, où il a rencontré Sylvain. C’est lui l’auteur et le metteur en scène de Rup-ture[s], très librement inspiré des essai­s du philosophe Léon Chestov. Extrait de la pensée du Russe : « Et l’âme d’autrui restera l’être invisible au sujet duquel nous sommes réduits à faire des conjectures peut-être justes, mais peut-être aussi fausse­s. » (« Toi et moi », dans Les commencemen­ts et les fins.) Rup-ture[s] aborde donc la relation à l’autre, que Genoi­s perçoit comme une exigence, « bien au-delà de cette forme de divertissement qui consiste à se fréquenter les uns les autres en prenant un verre ».

Le sujet se prend au sérieux, mais n’empêche pas l’émotion, si ce n’est l’humour, en tout cas pas les prouesses, car s’épanouissent 10 disciplines circassiennes : trapèze ballant, jonglerie, yoyo, sangles, roue Cyr, etc. Dans une esthétique que McCoy qualifie de « constructiviste moderne », cinq interprètes et un musicien s’engagent dans un tour de risque où il ne s’agit pas seulement d’éblouir le spectateur avec des numéros trompe-la-mort, mais aussi d’épater sa tête.

En cours de création, Genois a compris qu’il n’est pas toujours nécessaire de lancer sa partenaire 10 m au-dessus de ses épaules pour susciter le frisson et qu’un seul geste peut inventer un monde. « J’approfondis l’aspect théâtral de mon jeu, je m’abandonn­e à la danse contemporaine. » Tout en s’accrochant à ce principe : « rester en éveil », c’est-à-dire pratiquer la curiosité et l’interrogation, socles de la philosophie. Bébé Confins va grandir en sagesse.

Rup-ture[s], La Caserne, à Québec,du 13 au 24 avr., 418 643-8131.