Cher Paul Buissonneau

À la mémoire du comédien et metteur en scène Paul Buissonneau, décédé, dimanche, à l’âge de 87 ans, voici un billet que lui avait consacré le chroniqueur André Ducharme en 2013.

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Paul Buissonneau en 2001 – Photo : Jacques Boissinot

Article original paru en juin 2013 dans L’actualité.

* * *

Vous êtes entré dans ma vie en même temps que la télé pénétrait dans le salon familial, en 1958. J’étais en pyjama à nounours et vous, poète fantasque, avez jeté des pépites de fantaisie sur mon coeur d’enfant. Je vous ai tout de suite trouvé drôle, et surtout moins psychorigide que mon père, même si je ne connaissais pas encore le mot.

Vous avez dirigé La Roulotte, cofondé le Théâtre de Quat’Sous, monté des spectacles qui m’ont dessillé les yeux. Dans le monde du théâtre, vous avez été un éclaireur, un astronaute.

La télé vous aimait piaffant, claquant vos phrases comme des castagnettes, traitant tout le monde de con. Vous saviez mettre de l’ambiance sur les plateaux où l’on vous invitait. Plus vous faisiez rire la galerie et plus vous m’émouviez par ce que vous dissimuliez. Au bastringue de l’existence, vous aviez eu votre part (orphelin à 14 ans, jobs de misère, tout ça).

Un jour, quelqu’un a dit : «Buissonneau est malade.» Le coeur, je crois. Picolo mal en point était aussi inconcevable pour moi que Guignol perclus de rhumatismes.

Puis, je vous ai vu aux Enfants de la télé dans un «spécial émissions jeunesse» : amaigri, tout doux. Vous nous aviez habitués au clairon, et là, vous jouiez de la flûte. Mais au loin roulait encore le tambour de vos colères créatrices.

À 86 ans, la gloire est désormais un bruissement lointain. Je pense à vous, et ce n’est pas la dernière fois que je vous aime.

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