Chercher la rentabilité sans vendre son âme

L’indignation suscitée par les artistes qui prêtent leurs œuvres à la publicité se fait plus rare.

Le groupe Dead Obies a accepté que sa musique soit utilisée dans une campagne publicitaire du site de vente en ligne Kijiji. (Photo: German Moreno)
Le groupe Dead Obies a accepté que sa musique soit utilisée dans une campagne publicitaire du site de vente en ligne Kijiji. Ont-ils vendu leur âme pour autant? (Photo: German Moreno)

Quand les revenus des musiciens baissent, la controverse autour de l’utilisation de leur musique en publicité s’estompe. Les sources de revenus des musiciens ont considérablement changé depuis une décennie. Alors qu’il n’y a pas si longtemps les ventes d’exemplaires concrets de disques suffisaient souvent à faire vivre un artiste, c’est aujourd’hui beaucoup plus ardu, même pour les grands noms de la chanson, du rock ou de la pop.


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Avec la chute des ventes, les créateurs se sont tournés en partie vers les cachets de spectacles. Les plus gros acteurs de l’industrie mondiale de la musique demandent d’ailleurs de plus en plus cher pour monter sur scène. Et à l’échelle locale, il y a des limites pour un chanteur ou un groupe à parcourir les petites salles du Québec. Le point de saturation arrive souvent avant le point de rentabilité, malgré l’aide de l’État pour la tournée.

Le groupe Malajube a suscité bien des critiques en 2006, en prêtant sa musique à une publicité de Zellers. (Photo: Joseph Yarmush)
Le groupe Malajube a suscité bien des critiques en 2006, en prêtant sa musique à une publicité de Zellers. (Photo: Joseph Yarmush)

Il y a désormais pour garnir les coffres des musiciens les différentes redevances numériques. Mais encore là, cette nouvelle option de rentrée d’argent est rarement une panacée. Même que les sommes qu’un artiste peut toucher par la diffusion sur les plateformes d’écoute en continu sont faméliques.

Mais entrons dans le vif du sujet : la publicité. En fait, celle dont on ose à peine prononcer le nom est depuis longtemps une source de revenus critiquée. En 2006, le groupe rock Malajube avait accepté que sa pièce «Ton plat favori» joue dans une annonce de Zellers, non sans soulever la controverse. Puis, les cas se sont multipliés avec les années ; pensons, par exemple, à Karkwa pour Coke, Karim Ouellet pour BMO, et Patrice Michaud pour Honda et Pepsi (avec la même chanson !)

Karim Ouellet a, lui, collaboré avec BMO. (Photo: Marc Montplaisir)
Karim Ouellet a, lui, collaboré avec BMO. (Photo: Marc Montplaisir)

Il faut cependant constater que plus les revenus des créateurs baissent, moins les controverses autour d’artistes qui auraient «vendu leur âme» résonnent. Parce qu’il y a des limites à la vertu et à la «pureté» ? Probablement.

Récemment, quelques membres du groupe rap Dead Obies, chouchou de la jeunesse québécoise, ont participé à des publicités du site de vente en ligne Kijiji. Petit pincement, certes, mais pas de hauts cris. Eux-mêmes se sont justifiés à la fin mars dans l’excellente émission Fabriqué au Québec, diffusée à MusiquePlus. «Quand la culture devient gratuite, quand l’économie de l’information devient gratuite […], les seuls qui peuvent payer les acteurs culturels ou les journalistes, c’est la pub. Tu donnes le pouvoir à ces gens-là», disait Yes McCan, soulignant que le chèque encaissé pour cette seule apparition publicitaire a rapporté près de 20 fois les revenus engrangés pour un album. De toute façon, ajoute le rappeur Jo RCA, «il n’y a personne au Québec qui a le budget pour acheter mon âme !» Entre le pouvoir de l’argent publicitaire et la grandeur de l’âme des musiciens, là est le vrai combat.

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Je voudrait travailler au canada je suis enseignant en éducation.
Je vis au cameroun.