Chère Hélène Loiselle…

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Je vous avais interviewée en 1972 pour un devoir d’étudiant en journalisme. Vous défendiez, au Trident, à Québec, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, de Michel Tremblay. J’étais un ti-cul avec son calepin, vous, une comédienne célébrée, déjà modeste, secrète comme un compte en Suisse. Vous m’avez parlé de théâtre sans théorie ni concept, telle une femme ordinaire sublimée par le talent. Tout était simple avec vous — l’évidence de votre art, votre voix de cordes uniques, votre jeu chargé d’ondes.

Au théâtre (chez Ionesco, Tchekhov ou Mouawad), au cinéma (Les ordres), à la télé même (Sous un ciel variable) : toujours ce dépassement, cet « en plus », le trésor immense de vos ressources. Vous refusiez la compétition avec vos camarades, renonciez aux honneurs. On vous a tellement prise au sérieux qu’on ne vous a que trop peu accordé de prix d’interprétation.

Puis, un jour, les mots ont commencé à vous fuir, votre mémoire à partir en vrille. Châtiment pour une comédienne ; cruels effets de l’âge.

Vous avez 82 ans, on ne vous verra sans doute plus sur une scène. Je ferme les yeux, vous apparaissez dans le rôle de Marie-Lou, et les larmes me viennent. Vous n’interprétez pas le personnage de Tremblay, vous l’inventez à jamais.

Ces mots pour vous dire ce que l’on vous doit et qu’on ne vous oublie pas. Sans vous, le théâtre se décolore un peu.

Photo : Basil Zarov / Bibliothèque et Archives Canada

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J’ai toujours trouvé qu’il se dégage de ses interprétations une émotion qui semble toute naturelle. Au delà du jeu, c’est cette émotion qui transparaît. Dans « Les ordres » entre autres. Belle dame de théâtre et grande réceptivité. Elle fait paqrtie d’une génération de magnifiques comédiennes que les oeuvres de Tremblay ont permis de mettre en valeur. Il semble que la relève est difficile dans ce secteur.

Merci de nous rappeler cette grande comédienne. À quand un temple de la renommée du théâtre québécois? Nous n’avons pas besoin que de modèles d’entrepreneurs ou d’athlèthes!

En lisant votre papier, je me suis souvenue de Madame Loiselle.
Adolescente, j’allais au théâtre l’après-midi avec le Collège, c’était dans la deuxième moitié des années 60. Elle tenait parfois un rôle dans une pièce. Oh! Elle avait du tonus cette comédienne, de plus, cette voix et cette présence! Elle semblait avoir beaucoup de qualités… Moi, je n’avais encore jamais remarqué qu’une FEMME pouvait être tout ça et belle et gentille et aimable à la fois… Comme j’aurais voulu lui ressembler!

C’est une grande dame!
Je n’ai pas eu le plaisir de la voir jouer au théâtre mais tous ces rôles télévisuels et au cinéma ont été formidable. Son interprétation nous touchait par son naturel et son intensité.

Quand j’étais petite, je tremblais en vous voyant en sorcière Cric Crac dans Fanfreluche. Plus tard, je vous ai reconnu jouant les mères, les femmes heureuses ou malheureuses avec toujours cette mëme vérité. C’est en vous regardant que j’ai choisi mon métier madame. Je vous en remercie.