Christine and the Queens : bête de scène

Héloïse Letissier, alias Christine and the Queens, est la nouvelle égérie pop de l’Hexagone.

Photo © Jacques Brinon / AP / PC
Photo © Jacques Brinon / AP / PC

Héloïse Letissier, alias Christine and the Queens, est la nouvelle égérie pop de l’Hexagone. Cette artiste à géométrie variable, auteure-compositrice-interprète, danseuse, comédienne, affole les compteurs et dévore depuis un an tous les espaces. Le domestique d’abord, dans les foyers, où sa musique se propage comme une traînée de poudre. Le médiatique ensuite, même si on sait d’expérience que la prudence est de mise avec les nouvelles coqueluches. Le scénique enfin, car à 26 ans, cette femme-orchestre s’est déjà bâti une très solide réputation de bête de scène. À cheval sur la performance théâtrale, le spectacle multimédia et le récital « classique », ses concerts chorégraphiés et scénographiés au millimètre près hypnotisent les foules. Et on se bouscule pour la voir.

Charismatique, taquine, fantaisiste, androgyne sur scène avec ses pantalons et vestes de costumes, Letissier interpelle, rappelant Klaus Nomi ou encore David Bowie et son personnage de Ziggy Stardust. Mais elle rend aussi un hommage appuyé à ceux qui l’ont bouleversée un soir d’exil à Londres, en 2010, chez Madame Jojo, un cabaret interlope du quartier de Soho.

En proie au doute et aux questions existentielles, elle rencontre trois travestis qui chantent du rock et la convain­quent d’oser passer le cap de la chanson. Elle qui vient de se faire virer du conservatoire d’art dramatique n’a, jusqu’ici, jamais chanté ni écrit une ligne. Les performeurs anglais vont lui apprendre, surtout, à se détacher du regard des autres et à faire de ses stigmates une autre forme d’art. Cette rencontre sans lendemain devient le point de départ d’une fulgurante ascension, et son fil d’Ariane depuis.

Son premier album, Chaleur humaine, sorti l’été dernier — déjà disque de platine —, sonne comme de l’électro-pop, avec des productions minimalistes et des refrains entêtants. Il est le point de rencontre de toutes ses influences, de Michael Jackson à Kanye West, de Bashung à Bowie, en passant par Balavoine ou The Knife.

Au programme du festival Montréal en lumière ce mois-ci, la lauréate du prix Révélation scène aux Victoires de la musique 2014, en France, est à l’aube d’un nouveau défi. À l’affiche aux côtés de Stephan Eicher et de Bryan Adams, exemples de longévité, elle pourrait bien leur voler la vedette. Pour continuer à mener sa vraie vie, la vie de scène.