Chrystine Brouillet : elle écrit au meurtre

La romancière célèbre 40 années d’écriture en publiant Une de moins, qui aborde des enjeux sociaux percutants : les féminicides, les « incels » et la place des femmes dans les secteurs technologiques.

Photo : Melany Bernier

Une de moins est le 20e roman avec votre enquêtrice Maud Graham. Comment ce personnage a-t-il évolué au fil des années ?

Maud a vieilli, évidemment, mais elle n’a pas beaucoup changé ! Elle est toujours gourmande, solidaire, enflammée, féministe et très proche de son clan. Sa sensibilité envers les femmes victimes de crimes la pousse, encore aujourd’hui, à se dépasser au travail. Cela dit, elle commence quand même à contempler la retraite, même si ce n’est pas pour demain ! Une 20e enquête, c’était pour moi un tournant. En préparation, j’ai relu les 19 premiers romans pour constater tout le parcours accompli et ce qui avait changé autour d’elle : la ville, ses amitiés, ses collègues. C’était un voyage dans le passé épatant. 

De quelle façon la COVID-19 a-t-elle influencé votre écriture ?

Au début de la pandémie, j’avais un roman de Maud Graham en tête et je n’ai pas été capable de m’y mettre. J’ai plutôt choisi de tenir un journal où je notais les petits détails que nous allions sûrement oublier avec le temps : les rues désertes, les chiens promenés après le couvre-feu, etc. Je l’ai fait pendant presque une année, en me disant qu’un jour, je pourrais m’en servir pour un roman. Sur la deuxième page, en mars 2020, j’avais écrit que la pandémie causerait encore plus de féminicides qu’avant. Dans les semaines qui ont suivi, ma prédiction s’est malheureusement concrétisée. Mais je tenais aussi le sujet de la prochaine enquête de Maud Graham.

Qu’aviez-vous envie de raconter avec Une de moins ?

Quand la vague de féminicides a commencé à faire les manchettes, j’ai parlé à l’autrice Martine Delvaux, dont les ouvrages inspirants traitent du féminisme. Je désirais comprendre comment la haine des femmes pouvait se manifester. Cela m’a aussi amenée à lire sur les « incels », ces hommes célibataires qui détestent les femmes et dont la violence sur le Web caché m’a soufflée. C’est ainsi qu’est né Ian-Patrick, un homme presque banal, qui a profité d’une série de meurtres pour en camoufler d’autres, plus crapuleux. 

Vous célébrez 40 années de carrière. Quel rapport entretenez-vous avec l’écriture ?

Chaque période de création offre autant de joie que de déplaisir ! Au début, je plonge avec enthousiasme dans la recherche, mais je ne me trouve pas productive, car je n’écris pas grand-chose. Au milieu, je rédige à un bon rythme, mais le doute s’installe et j’ai souvent envie de tout jeter et de recommencer. Et pour la conclusion de l’intrigue, je me sens très inspirée : je crée des dizaines de scénarios possibles en attendant que la « bonne » fin trouve son chemin. Même mon entourage peut deviner à quelle étape j’en suis juste à m’entendre parler de mon roman ! 

(Druide, 352 p.)

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