CINÉMA / Le cri puissant de Robin Aubert

À l’origine d’un cri : trois hommes, trois générations, une rage qui remonte de loin. Et des acteurs percutants.

En exergue de son film dédié à son grand-père Cébald Aubert, le scénariste-réalisateur Robin Aubert pose cette parole de Josée Yvon : « La délinquance ce n’est pas le désespoir, c’est le goût de changer les choses. »  La phrase donne le ton.

Délinquants, en effet, les trois hommes (le fils, le père et le grand-père) de ce road-movie, de ce drame familial traversé d’humour et de poésie, veulent comprendre d’où vient la rage qui leur colle au ventre et qu’ils assourdissent dans l’alcool. Un film sur la quête d’identité, sur la filiation, sur le deuil.

L’histoire en gros : le fils (Patrick Hivon) part avec son grand-père (Jean Lapointe), qui l’accueille d’un aimant « Maudite face de cochon », à la recherche de son père (Michel Barrette), enfui avec le cadavre déterré de sa jeune femme. Cela pourrait être ridicule, on y croit de tout son cœur.

Trois scènes font le prix du film :

1.   Celle d’ouverture, saisissante – et courageusement longue – , où l’on « vit » le viol d’un enfant par son gardien, traité hors champ, la caméra restant fixée sur les poissons dans un aquarium. On ne sait plus où se mettre. Scène insupportable, mais essentielle à la compréhension du mal-être du personnage du fils.

2.   Plus loin, une autre, celle-là montrée frontalement : pour se déposer la tête un instant, la vider de ses tourments, voire pour retourner à la source, à la mère, Michel Barrette tète le sein d’une serveuse compassionnelle, jouée par une Lise Roy fabuleuse de don d’elle-même. On est inconfortable, mais on reste scotché à l’image.

3.   Plus loin encore, dans une chambre minable de motel, le grand-père aide son fils, ivre et décousu, à se mettre au lit. Si peu de mots et tant d’amour dans le moindre geste de l’aïeul. On est bouleversé.

Aubert sait observer les gens, c’est sa force, acquise peut-être dans le documentaire – il a fait ses classes dans la réalisation lors de la Course destination monde, à Radio-Canada (1997-1998). Merveilleux acteur lui-même, il sait appuyer là où se trouve le meilleur de ses interprètes. Ils sont tous formidables ; pour le rôle de la mère, Louise Latraverse sera sûrement nommée l’an prochain dans une catégorie d’interprétation.

On souhaite à cette œuvre personnelle, pas formatée pour le commerce, mais sincère et accessible, de joindre le plus large public.

https://www.youtube.com/watch?v=zxav2yHz344

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