Clowns sans frontière : fais-moi rire

Clowns Sans Frontières sème l’émerveillement dans les endroits les plus meurtris du globe depuis 20 ans. Deux des principaux porte-voix de l’organisme, l’auteur et animateur radio Stanley Péan — fébrile à l’approche de sa première mission active — et la chanteuse Brigitte Boisjoli, parlent de ce que signifie pour eux ce temps de répit offert à des enfants qui en ont bien besoin.

clowns
Photo : Mathieu Rivard

Tout a commencé en 1992, dans une école de Barcelone jumelée à une école de Croatie. Conscients du drame qui se joue dans les Balkans, les élèves demandent alors au clown catalan Tortell Poltrona, qu’ils viennent de voir sur scène, d’aller donner un spectacle là-bas.

D’abord sceptique, Poltrona répond que c’est bien loin, la Croatie. Ce à quoi les écoliers répliquent : « Tu n’as qu’à faire le plein d’essence ! » Le clown rit, puis, convaincu que la vérité sort souvent de la bouche des enfants, entreprend d’aller se produire en plein cœur du conflit yougo­slave, plus précisément dans le camp de réfugiés de Veli Jože. La réaction est telle que d’autres missions sont aussitôt envisagées. Nom de code : Clowns Sans Frontières (CSF).

Dès 1994, une section canadienne est créée, alors que des artistes d’ici s’enrôlent pour une mission en Bosnie-Herzégovine.

Stanley Péan s’implique auprès de CSF, aujourd’hui présent dans 11 pays, depuis 2008. « Je crois beaucoup à cette initiative, affirme-t-il. Apporter un peu de joie à des enfants qui n’ont pas souvent l’occasion de rire, c’est leur donner à la fois peu et beaucoup. Il ne suffit pas de nourrir et d’abriter les gens ; les vrais changements commencent à partir du moment où la culture intervient, où l’aide proposée ne se limite pas aux besoins de base. »

Mission : possible

L’organisme, qui se définit comme une « association artistique de solidarité internationale », entend faire rire, mais aussi réfléchir. En parallèle des numéros de clowns, on organise des cercles de discussion et des ateliers.

Stanley Péan s’envolera lui-même pour Haïti dans quel­ques jours, afin de participer à de telles rencontres avec les jeunes de ce pays où il est né. « Cette mission en Haïti est évidemment particulière pour moi. J’ai hâte de circuler de ville en ville, de voir comment les gens se relèvent de tout ce qu’ils ont traversé. »

Là-bas, CSF est en particulier soucieux du sort des jeunes de la rue, très nombreux et souvent poussés à grossir les rangs de ceux qu’on appelle les « enfants domestiques ». Autrement dit : asservis. « Au-delà du bon moment qu’on veut passer avec eux, on échange, on soutient les initiatives locales de lutte contre l’exploi­tation des enfants. Je tiens par ailleurs à souligner que l’orga­nisme n’agit pas que dans des pays lointains. » En plus des missions au Viêt Nam, en Éthiopie ou au Népal, on note en effet des interventions dans le quartier mont­réalais Hochelaga-Maisonneuve ou auprès des communautés autochtones du Canada.

En avril dernier, la chanteuse Brigitte Boisjoli, révélée au grand public par l’émission Star Acadé­mie, s’associait elle aussi à CSF. « Je n’étais encore porte-parole d’aucune cause, j’attendais que quelque chose me touche droit au cœur. J’ai rencontré une clown qui a travaillé au Cirque du Soleil, c’est elle qui m’a parlé de Clowns Sans Frontières. J’ai aussitôt voulu mettre la main à la pâte. »

Consciente que l’organisme est peu connu, Brigitte Boisjoli profite de sa tournée de spectacles pour en faire la promotion. « On vend des nez de clown, dont tous les profits vont à l’association. On invite les gens à visiter le site Internet, on parle des missions à venir… »

À propos de missions, la jeune porte-parole rêve de partir à son tour. « Tous les enfants du monde ont droit au sourire, ont le droit d’oublier pendant un moment ce qui va de travers autour d’eux. C’est majeur pour des jeunes de réaliser que, jusqu’au bout de la terre, on pense à eux. Bientôt, c’est moi qui vais aller les voir. J’ai l’impression que mon implication ne sera complète qu’à partir de là. »