Colin Stetson : le saxophone revisité

À mi-chemin entre le rock, la musique électronique et l’animal qui hurle sa solitude, Colin Stetson offre la musique la plus originale qu’on puisse trouver au Canada en ce moment. Le saxophoniste est un véritable phénomène. D’abord, il joue seul. Mais à l’entendre, on croirait qu’il s’agit d’une armée. Et le public qu’il atteint est étonnant.

Stetson frappe comme sur des percussions les clés de son immense saxophone basse. Il grogne et chante en jouant. Il triture sa anche pour en sortir plus d’un son à la fois. Tout l’instrument est mis à profit pour produire une musique des plus étranges, qu’on croirait à tort manipulée électroniquement.

Mais alors qu’il devrait plaire à quelques amateurs de musiques dites «spécialisées», le musicien flirte plutôt avec le public d’Arcade Fire, qu’il a déjà accompagné, et est filmé pour l’émission de webtélé française Les concerts à emporter, qui présente les musiciens branchés du moment. Son disque New History Warfare Vol. 2 : Judges s’est même retrouvé parmi les finalistes du prestigieux prix Polaris, gagné en 2010 par Karkwa et plus habitué aux groupes rock qu’aux saxophonistes d’avant-garde.

C’est que la musique de l’Américain d’origine et Montréalais d’adoption tient plus du post-rock — style souvent instrumental basé sur les textures sonores — que du jazz contemporain. C’est brut et parfois aliénant, mais le son très présent de sa respiration rend sa musique organique et hypnotique.