Collection de maître

C’est le genre de prof qu’on aurait voulu avoir, qui emmène ses élèves aux concerts de l’Orchestre symphonique de Montréal et aux expositions du Musée d’art contemporain. Alain Tremblay, bientôt 50 ans, est né à Chicoutimi, habite à Montréal et enseigne, à Laval, l’éthique et la culture religieuse. Mordu de musique classique, ce joyeux collectionneur d’art actuel expose une partie de son patrimoine pour la première fois.

N’y a-t-il pas une contradiction entre enseigner la morale et collectionner des œuvres contemporaines?
— J’y vois plutôt une complémentarité. L’art remet en question, au même titre que la foi, la vie, l’environnement, le pouvoir, les différentes cultures…

D’où vous vient le goût pour l’art?
— Le sport était une valeur fondamentale dans ma famille. J’ai pratiqué le hockey, le baseball, l’athlétisme. La culture est arrivée tardivement, vers 30 ans, quand je me suis mis à voyager en Europe, à visiter les musées.

Quand avez-vous commencé votre collection?
— C’était en 1995, j’avais 36 ans. J’ai acheté, pour 3 000 dollars, ma première œuvre, représentant un marché de fleurs. Mes goûts ont changé depuis, mais ce fut le point de départ d’une aventure exceptionnelle. Au début, je ne connaissais rien. Mon engouement et mon authenticité m’ont ouvert bien des portes. Et j’ai cultivé des relations privi­légiées avec des artistes, qui sont devenus des amis.

À combien est évaluée votre collection?
— À environ 400 000 dollars, pour une centaine d’œuvres d’une quarantaine d’artistes.

La soif de posséder finit-elle par s’étancher?
— Là, je vais devoir faire une pause, car il faut que je paie mes dettes, quoique je ne trouve pas qu’acheter de l’art constitue un endettement. Mais je rappelle que je n’ai qu’un salaire de prof!

Quelles expressions artistiques défendez-vous?
— Les seules œuvres que je n’achète pas sont celles qui relèvent de l’installation. Toutes les techniques m’intéressent, dès que l’œuvre me saisit, me secoue.

La notion du beau est aujour­d’hui très relative. Quel est l’art qui vous touche?
— L’art socialement engagé. Une œuvre forte est celle qui fait réfléchir sans nécessairement fournir de réponses, mais qui suscite des questions. J’aime l’art qui fouette les pensées, qui nous sensibilise à des enjeux fondamentaux, qui nous transforme et nous humanise.

Ressentez-vous de la frustration quand vous ne pouvez pas vous offrir une œuvre?
— Souvent. Mais je me console en me disant que je suis privilégié d’avoir pu constituer le «corpus» que j’ai. Le piège qui guette le collectionneur est de ne pas regarder les œuvres qu’il a, mais celles qu’il voudrait acquérir! Toutes les pièces que j’achète enjolivent mon quotidien, favorisent mon imaginaire, aident ma santé mentale.

C’est la première fois que vous faites voir votre collection à un large public.
— Et je suis fier que cela se fasse dans ma région natale. Je prouve qu’il n’est pas nécessaire d’être millionnaire pour collectionner de l’art: j’y présente une pièce que j’ai payée 10 dollars. J’aimerais que ma collection se retrouve ensuite dans un musée régional.

Cette exposition donne un sens à votre passion.
— Je me sens un peu comme l’allumeur de réverbère du Petit Prince, cela dit en toute humilité. Il m’apparaît essentiel de faire connaître les œuvres de ces artistes émergents, qui mériteraient tous d’avoir un meilleur revenu. Quand on sait combien gagnent les sportifs…

Sublime démesure, Centre national d’exposition, à Jonquière, jusqu’au 11 janv., 418 546-2177.

Les rendez-vous de la quinzaine…

Statut de David

David Boutin. Né le 12 décembre 1969 à Montréal, de parents fonctionnaires. Côté vocation, a jonglé avec le droit, la politique, le théâtre. Diplômé de l’École nationale de théâtre en 1996.

Particularité. Des yeux vairons, l’un bleu, l’autre changeant.

Intimité. Cadenassée. «Je fais un métier si public que j’ai besoin que ma vie reste privée.» Mais c’est un bon vivant qui éclate de rire souvent.

C.V. À la télé: Temps dur, Bunker, le cirque, Rumeurs. Au cinéma: La grande séduction, La ligne brisée. Au théâtre: Trick or Treat, Don Juan, Le périmètre.

Rôles. Souvent des personnages coupants, à prendre avec des pincettes. «On me propose des rôles violents, à moi qui ne me suis jamais battu!»

Le jeu. «Un bon rôle est celui qui t’entraîne dans des zones où tu peux te surprendre toi-même. C’est merveilleux de pouvoir faire cette exploration dans un contexte où il y a des garde-fous, à commencer par le metteur en scène.»

Le théâtre. «Faire du théâtre, c’est se mettre à l’écoute du monde, essayer d’en être une caisse de résonance.»

La pièce. Le pillowman, de l’Irlandais Martin McDonagh (La reine de beauté de Leenane). Anecdote: la police détecte beaucoup de coïncidences entre les écrits d’un auteur de fiction et des meurtres d’enfants. Boutin incarne Ariel, un policier aux manières brutales. De l’humour très noir, des brusqueries, du sang.

La violence. «Je ne crois pas qu’on doive mettre un frein à l’information transmise, car ce serait de la censure, mais il incombe à chacun d’établir ses bornes morales. Selon l’éducation reçue: comment on t’a appris à négocier le flot d’information,à faire des choix éclairés.»

La responsabilité. «Si je joue dans une pièce qui charrie de la violence, c’est qu’elle trouve un écho en moi, mais je
ne peux être tenu responsable des dérapages qu’elle peut provoquer chez le spectateur. Quand je bois une bière sur scène, dois-je penser au fait qu’un jeune peut en prendre une, après la représentation, et devenir alcoolique? J’assume ma responsabilité à la base: si je considère que la violence dépeinte dans une pièce est gratuite, je n’appuie pas le projet. Mon job est d’apprendre un texte et de le jouer. Mon contrat s’arrête là, mais je demeure un être humain conscient.»

Avenir. «Avant de mourir, je voudrais écrire un scénario et réaliser un film.»

Épilogue. Beaucoup de femmes aimeraient lui passer une écharpe autour du cou pour qu’il ne prenne pas froid.

Le pillowman, de Martin McDonagh,
mise en scène de Denis Bernard. Avec, aussi, Antoine Bertrand, Frédéric
Blanchette, Daniel Gadouas et Marie-Ève Milot. Théâtre La Licorne, à
Montréal, du 13 janv. au 21 févr., 514 523-2246.

Danse/ Juliette et la lunette

D’un côté, l’actrice Juliette Binoche, ses yeux piquants, sa filmographie hardie (L’insoutenable légèreté de l’être, Les amants du Pont-Neuf, Trois couleurs : Bleu). De l’autre, le chorégraphe Akram Khan, né à Londres de parents bengalis, qui puise dans le kathak, danse indienne ancestrale toute en syncopes et en arrêts secs. À deux, ils ont conçu In-I, spectacle de danse-théâtre sur le thème de l’amour, abordant certains aspects triviaux de la vie de couple : par exemple, la lunette de la toilette que monsieur laisse levée! Salle Pierre-Mercure (Centre Pierre-Péladeau), à Montréal, du 6 au 17 janv., 514 987-6919.

Chanson / Le temps des fêtes

Ce segment s’adresse non pas à ceux qui sécrètent de la sérotonine (substance liée à l’angoisse) à l’idée du trio famille-bouffe-cadeaux, mais aux viveurs qui produisent de la dopamine au simple mot «Fêtes».

• D’abord, la revue de l’année des Zapartistes, drus éditorialistes. Extrait de leur manifeste: «Tout mettre en œuvre pour que la stupidité de notre époque soit montrée du doigt, pis on va prendre le doigt qu’il faut.» OUI! Centre culturel de Joliette le 18 déc., 450 759-6202; Théâtre de la Ville, à Longueuil, le 19 déc., 450 670-1616; Métropolis, à Montréal, les 22, 23 et du 26 au 28 déc., 514 844-3500.

• Ceux qui préfèrent l’humour pour grandes surfaces opteront pour 2008 revue et corrigée, Théâtre du Rideau Vert, à Montréal, jusqu’au 10 janv., 514 844-1793.

• Sur des airs d’aujourd’hui, Mauvais Sort colle des histoires d’hier, et sur la musique d’autrefois, des anecdotes actuelles. Et ça marche, le quatuor emballe son monde avec son folk’n’roll. Théâtre Petit Champlain, à Québec, le 27 déc., 418 692-2631.

• Paquet de vitamines, Yves Lambert délire avec ses accordéon, harmonica, didgeridoo et les quatre multi-instrumentistes du Bébert Orchestra. Je ne vous dis pas l’ambiance, ça gicle sur les murs! Du reel à la tarentelle, Théâtre Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, le 27 déc., 450 434-4006; Club Soda, à Montréal, les 28 et 29 déc., 514 908-9090; salle Octave-Crémazie (Grand Théâtre de Québec) le 30 déc., 418 643-8131.

• Vive la verve radicale de Mes Aïeux, le septuor membre d’Équiterre qui aime les idées et ne boude pas les plaisirs. On danse, mais on pense! La ligne orange, salle Louis-Fréchette (Grand Théâtre de Québec) le 22 déc., 418 643-8131; Métropolis, à Montréal, le 29 déc., 514 844-3500.

• Deux groupes «trad», Genticorum et Le Vent du Nord, nous mettent le diable aux jambes avant que Jean-François Berthiaume, meneur gigueur, nous invite à les dévisser sur la piste. «Sets carrés», quadrilles et cotillons. La veillée de l’avant-veille, Club Soda, à Montréal, le 30 déc., 514 908-9090.

• Il se la joue pas mal avec sa panoplie de rockeur: bijoux, cuir, lunettes noires. Mais pour faire lever une soirée (et le coude, accessoirement), il ne se fait pas beaucoup mieux qu’Éric Lapointe, sa voix alcoolisée, ses chansons crues et ses invités. Le party à Lapointe, Métropolis, à Montréal, le 31 déc., 514 844-3500.