Comment Donald Trump a construit son personnage médiatique

Avec des concours de beauté, événements de lutte professionnelle et autres téléréalités, Trump semble avoir savamment placé ses pions pendant toutes ces années pour séduire les éventuels électeurs de la droite.

Crédit : Getty Images

Y a-t-il une personnalité publique qui fait parler d’elle autant, sur toute la planète, que Donald Trump ? Qu’on le déteste ou qu’on l’admire, il faut reconnaître que le 45e président des États-Unis maîtrise comme pas un la présence médiatique. Mais ça ne date pas d’hier. Trump entretient son image à la télévision, au cinéma, dans les médias écrits et radiophoniques depuis presque 40 ans. Pour bien comprendre pourquoi ses partisans et ses électeurs sont si attachés à lui, au point de mettre de côté leur esprit critique (même après le chaotique premier débat l’opposant à Joe Biden et son insouciante sortie de l’hôpital au moment où il pouvait toujours transmettre la COVID-19), il faut revenir en arrière et analyser la construction de son personnage.

Ce qui frappe en fouillant les archives, c’est l’étendue des domaines auxquels l’image et le nom de Trump sont associés. En analysant les principaux champs d’intérêt du président américain, on pourrait y voir, avec le recul, une stratégie de longue date du riche promoteur immobilier pour conquérir une forte base républicaine, lui qui était pourtant démocrate avant l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan. Des concours de beauté comme Miss Universe aux événements de lutte professionnelle tel WrestleMania, Trump semble avoir savamment placé ses pions pendant toutes ces années pour séduire les éventuels électeurs de la droite.

C’est en 1983 que Donald Trump met son nom de famille en grosses lettres sur sa tour dorée au coin de la célèbre 5e Avenue à New York. Deux ans plus tard, il fait sa première apparition dans une série télé, The Jeffersons. Il fait alors déjà la manchette des journaux et des nouvelles télévisées, mais c’est vraiment après la sortie de son premier livre, le très populaire Trump, the Art of the Deal en 1987 (dont il n’aurait apparemment écrit aucune ligne, selon son auteur fantôme), que Donald Trump commence à recevoir fréquemment des invitations pour participer aux émissions très regardées comme Late Night with David Letterman.

En 1988, au micro de la très appréciée Oprah Winfrey, Donald Trump se fait demander s’il envisage un jour se présenter comme candidat à la présidence. Sa réponse n’est pas entièrement négative, et l’assurance qu’il dégage, combinée à sa critique cinglante de la politique étrangère américaine, lui donne un air présidentiel. À partir de ce moment, il se fait régulièrement interroger sur ses ambitions relatives à la Maison-Blanche.

Avec sa coupe de cheveux unique qui le caractérise, son teint artificiellement bronzé et son timbre de voix si reconnaissable, le personnage de Donald Trump s’immisce alors de plus en plus dans le quotidien des Américains, dans l’inconscient collectif de son pays. En 1992, il joue son propre rôle dans une scène de Home Alone 2: Lost in New York, la suite de la comédie la plus populaire du cinéma à l’époque. Son omniprésence dans les médias durant les années 90 lui est bénéfique, faisant oublier quelques cuisants échecs financiers, dont de multiples faillites. Comme tout bon politicien en devenir, il comprend déjà qu’il faut détourner l’attention. Il apparaît dans des séries très suivies, entre autres The Fresh Prince of Bel-Air, The Nanny, Sex and the City et Spin City, en plus de jouer dans les longs métrages Celebrity de Woody Allen, Studio 54 de Mark Christopher et Zoolander de Ben Stiller. En mai 1997, il est fidèle à lui-même dans l’émission Suddenly Susan, mettant en vedette Kathy Griffin. Cette dernière lui montre la couverture de son nouveau magazine sur laquelle figure le prophétique « Our Next President? ».

Dans les années 2000, Donald Trump devient un visage familier, celui que l’on associe à la réussite et aux hommes riches des États-Unis, et ce, malgré ses déboires. Parfois, certains créateurs oseront défier cette image de puissance et lancent un avertissement à la population, comme les auteurs de l’épisode « Bart to the Future » de la prolifique série The Simpsons. Dans cette demi-heure animée diffusée le 19 mars 2000, Lisa Simpson devient présidente des États-Unis et elle accuse son prédécesseur, le président Trump, d’avoir détruit l’économie de son pays. Le titre de l’épisode fait aussi référence à la trilogie Back to the Future de Robert Zemeckis. Le coscénariste des films, Bob Gale, n’a jamais caché s’être inspiré de Trump pour créer l’antagoniste de Marty McFly, Biff Tannen. Une scène du deuxième volet de cette trilogie offre une caricature à peine voilée, et d’une grande lucidité, du milliardaire new-yorkais.


Ce qui rendra Trump immensément populaire et qui lui donnera l’étoffe d’un politicien aux yeux de nombreux futurs électeurs, c’est sa téléréalité The Apprentice et sa suite, The Celebrity Apprentice. Les épisodes sont tournés dans la Trump Tower même, et le futur président y figure pendant 14 ans comme un impitoyable dirigeant d’entreprise – on se souviendra de la fameuse phrase « You’re fired! » qu’il prononce chaque fois qu’il congédie un candidat ou une candidate. Sa fille, Ivanka, et ses fils, Donald Jr. et Eric, sont aussi fréquemment autour de la table décisionnelle, préparant leur présence dans sa garde rapprochée au Bureau ovale. L’émission sera un énorme succès aux États-Unis, mais aussi dans plus d’une quinzaine de pays qui auront leur propre version locale.

Le 1er avril 2007 est une date clé dans la fabrication du futur candidat Trump. L’occasion : le spectacle de lutte WrestleMania 23. Devant plus de 80 000 personnes au Ford Field de Détroit et des millions de téléspectateurs, Donald Trump participe à « la bataille des milliardaires » contre Vince MacMahon, le musclé président-directeur général de la World Wrestling Entertainment (WWE). Depuis des mois, ce dernier se moque de lui devant les caméras, mettant la table pour ce coup fumant. Durant cette soirée, chacun gère un lutteur pour savoir qui rasera la tête de l’autre. Trump gagne gros, préparant sa base républicaine qui l’acclame déjà dans les gradins. Le fait de le voir humilier MacMahon, ancien lutteur professionnel, lui ajoute un autre fait d’armes, alimentant son image d’intimidateur sympathique.

Même s’il se prend très au sérieux, Trump donne l’impression de ne pas avoir peur de rire de son personnage qu’il a lui-même créé. Durant les années 2010, il aura droit à un bien cuit à la chaîne Comedy Central, il animera l’émission culte Saturday Night Live et il sera un invité récurrent de Jay Leno et de Jimmy Fallon au Tonight Show, de même qu’aux émissions d’Ellen DeGeneres et de Conan O’Brien. Il aime aussi participer aux jeux télévisés aux titres évocateurs comme Deal or No Deal et Who Wants to Be a Millionaire?; il y joue le banquier, l’homme riche de service.

Depuis qu’il est président du plus puissant pays au monde, nous sommes continuellement bombardés du nom Trump, sans aucun répit du matin au soir. Seul moyen de faire une pause de son éreintante présence médiatique, c’est de se débrancher de tous nos appareils. Revenir sur son ascension jusqu’au plus haut poste de pouvoir nous montre qu’il a appliqué à la lettre sa propre propagande, ciblée pour ceux et celles qui, tout comme lui, s’informent et se divertissent presque uniquement devant leurs écrans. Mais est-ce que cela sera assez pour que Donald Trump se fasse réélire le 3 novembre prochain, pour faire oublier son bilan catastrophique de ses quatre années au pouvoir ? Assurément, nous aurons tous les yeux rivés sur ce qui s’annonce comme le plus grand événement d’une année peu banale.

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Il faut croire que je viens d’une autre planète car je n’avais jamais entendu parler de lui avant qu’il ne se présente à la présidence en 2016.

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Bien sûr, on ne peut pas être au courant de tout, mais dans ce cas je crois que vous venez vraiment d’une autre planète. Bon il y a pire que cela dans la vie…

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